La science intervient pour réduire l'impact des mycotoxines

Le déoxynivalénol (DON), mieux connu sous le nom de vomitoxine, est une mycotoxine produite par des champignons du genre Fusarium qui infectent notamment le maïs, le blé et l’orge.

La vomitoxine peut être toxique lorsqu'elle est inhalée, absorbée par la peau ou consommée à de très faibles concentrations, de sorte que même de petites quantités peuvent être nocives pour les humains et les animaux.

Chez les jeunes porcs, des concentrations de vomitoxine supérieures à 1 ppm (parties par million) peuvent entraîner une diminution de la consommation de moulée et un ralentissement de la croissance. Ces effets s'accentuent encore davantage à des concentrations plus élevées, entraînant des pertes importantes pour les producteurs. En réponse, des chercheurs ont cherché des stratégies pour détoxifier la vomitoxine en utilisant des approches chimiques et biologiques novatrices chez les porcelets après le sevrage.

Pour ce projet, le point de départ a été le métabisulfite de sodium (SMBS), un composé inorganique utilisé comme désinfectant, antioxydant et agent de conservation dans certains aliments. Les scientifiques savent déjà que ce composé peut transformer la vomitoxine in vitro et réduire sa toxicité, mais qu'en est-il de l'ajouter directement à la moulée afin qu'il détoxifie le DON dans l'intestin du porcelet?

Une question d'humidité

L'un des défis de cette approche réside dans le fait que le SMBS est très sensible à l'humidité. Lorsqu'il est exposé à l'eau dans l'organisme, il se décompose rapidement et libère un gaz pouvant causer des troubles digestifs. Afin de protéger le SMBS, les chercheurs ont utilisé différentes matières grasses pour mettre au point des technologies permettant d'encapsuler le composé et de produire des microparticules pouvant être mélangées à la moulée destinée aux animaux.

D'après les résultats de leurs essais, les scientifiques auraient peut-être résolu le dilemme du DON. Pour évaluer l'efficacité avec laquelle le SMBS neutralise l'impact de la vomitoxine, ils ont ajouté du SMBS à une moulée contaminée au DON, puis l’ont distribuée à des porcelets sevrés afin d’en mesurer les effets. Alors qu’une moulée contaminée au DON freine normalement la croissance, le SMBS encapsulé a permis d’en contrer les effets négatifs sur les performances des porcelets.

Protéger la santé des porcs et la rentabilité

Pour les producteurs, la contamination par le DON est avant tout un enjeu de gestion de la moulée et de performance animale. Les porcs y sont particulièrement sensibles. Une moulée contaminée peut réduire la consommation, ralentir la croissance et limiter l’utilisation des grains touchés dans les rations.

Lorsque les concentrations de DON sont trop élevées, les ingrédients contaminés peuvent devoir être écartés, dilués avec des grains non contaminés ou utilisés à des taux d’incorporation limités. Cela peut faire augmenter les coûts d’alimentation et réduire la valeur des récoltes touchées.

Une technologie capable d’atténuer les effets du DON pourrait donc aider les producteurs à protéger la santé des porcs, à maintenir leurs performances de croissance et à mieux utiliser les ingrédients disponibles. D’autres essais en conditions commerciales seront nécessaires pour déterminer si l’approche donne des résultats constants et si elle est pratique et rentable à la ferme.

Une approche d'un océan à l'autre

Un projet qui s'attaque à un problème mondial et met au point une nouvelle technologie est une entreprise colossale comportant de nombreux éléments, et cette étude n'a pas fait exception. Réalisée grâce au financement de Swine Innovation Porc (SIP), d'Ontario Pork et d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), l'équipe de recherche était composée de membres provenant de tout le pays et regroupait des universités, des organismes gouvernementaux et des centres de recherche.

AAC à Guelph était bien représenté par les chercheurs le Dr Joshua Gong et le Dr Qi Wang, ainsi que par le Dr Dion Lepp, biologiste et directeur du laboratoire de génomique du Centre de recherche et de développement de Guelph.

Le Dr Martin Mondor, chercheur au Centre de recherche et de développement de Saint-Hyacinthe, a participé au projet depuis le Québec.

Dans l'Ouest, la Faculté des sciences agricoles et alimentaires de l'Université du Manitoba a fourni plusieurs collaborateurs : le Dr Chengbo Yang, professeur agrégé au Département des sciences animales, et le Dr Song Liu, professeur au Département de génie des biosystèmes.

Bien que satisfaite des progrès réalisés jusqu'à présent, l'équipe prévoit de solliciter davantage de financement pour poursuivre ses recherches et vérifier si les résultats se confirment en conditions commerciales. Même si elle ne peut pas empêcher le terme « vomitoxine » de paraître inquiétant, elle espère le rendre un peu moins effrayant dans les années à venir.

Hands holding wheat kernels
  • Article tiré du projet de la grappe porcine 3 : Stratégies de détoxification de la vomitoxine à l'aide d'approches chimiques et biologiques innovantes chez les porcelets en post-sevrage

  • Responsables du projet : Dr Qi Wang (AAC Guelph), Dr Joshua Gong (AAC Guelph), Dr Chengbo Yang (Université du Manitoba)

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Swine Innovation Porc
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La science aide à réduire les coûts de moulée

Quand vient le temps de nourrir vos animaux, oubliez la belle nappe et le repas gastronomique.

Pour soutenir leur croissance et leur bien-être, les porcs ont besoin d’une ration équilibrée et nutritive. Pour les producteurs, le défi consiste à répondre à leurs besoins sans faire grimper les coûts de moulée. Compte tenu du coût de la moulée et des volumes nécessaires à la ferme, particulièrement pour les porcs en croissance-finition, les scientifiques ont exploré de nouvelles avenues pour diversifier l'approvisionnement en ingrédients et tirer le maximum des nutriments dans les rations porcines.

La croissance démographique mondiale et les changements climatiques transforment le contexte de la production alimentaire. Ce contexte accentue la nécessité de diversifier les sources de protéines et de matières grasses utilisées en alimentation porcine. Pour offrir aux producteurs le meilleur rendement sur leur investissement en alimentation, ces ingrédients doivent être de grande qualité et permettre d'optimiser les performances des porcs.

Prendre le pouls des légumineuses

Dans cette optique, les chercheurs se sont concentrés sur quelques axes clés. Ils ont d'abord cherché à caractériser la teneur en nutriments des légumineuses à grains cultivées au Canada, qui suscitent de l'intérêt comme solutions de remplacement dans les rations porcines actuelles. Ces légumineuses comprenaient deux variétés de pois des champs, ainsi que des lentilles, des pois chiches et des féveroles. Ils voulaient aussi comprendre comment la granulation et l'extrusion, dans différentes conditions, influent sur la teneur en nutriments des ingrédients.

La granulation consiste à transformer une moulée finement broyée en granules denses qui s’écoulent facilement. Ce procédé facilite la manutention de la moulée, réduit le gaspillage et peut soutenir de bonnes performances. Des recherches ont montré que la granulation peut améliorer l’efficacité alimentaire d’environ 7 %.

L’extrusion consiste à soumettre un ingrédient à l’action combinée de la chaleur, de l’humidité et de la pression. Ce procédé peut améliorer la digestibilité de l’énergie et des protéines chez les porcs. Le traitement thermique peut aussi prolonger la durée de conservation des légumineuses en réduisant leur teneur en eau. 

Les acides aminés à la rescousse

Le projet a également mesuré la digestibilité des acides aminés dans les féveroles, les lentilles et les pois des champs jaunes. Comme les porcs ne peuvent pas synthétiser tous les acides aminés dont ils ont besoin, une partie doit leur être fournie par la ration.

Au terme de ces travaux, les chercheurs disposent maintenant de suffisamment de données nutritionnelles sur les pois des champs, les lentilles, les pois chiches et les féveroles cultivés au Canada pour que ces ingrédients puissent être envisagés dans les rations porcines.

Oser la différence

Les légumineuses sont riches en macronutriments et en micronutriments, mais l'étude a noté que les cultivars diffèrent par leur profil nutritionnel et par leur réponse aux procédés de transformation. Dans l’ensemble, les procédés évalués n’ont toutefois pas eu d’effets négatifs marqués sur la teneur en nutriments des légumineuses, notamment sur leur teneur en protéines et en acides aminés.

Les résultats montrent également que les nutritionnistes ne devraient pas présumer qu’un procédé aura le même effet sur toutes les légumineuses. Les résultats obtenus avec une espèce ou une variété ne peuvent pas nécessairement être appliqués à une autre.

Quant aux producteurs de porcs, ces données pourraient élargir l’éventail d’ingrédients nutritifs et abordables pouvant être utilisés dans les rations porcines. Ils peuvent aussi envisager différents procédés, comme l'extrusion, pour améliorer la digestibilité et la disponibilité des nutriments.

Les équipes à l'œuvre

Trois personnes ont piloté ce projet : la Dre Kate Shoveller, professeure au Département des biosciences animales de l'Université de Guelph; le Dr Dan Columbus, chercheur en nutrition au Prairie Swine Centre (PSC) de Saskatoon et professeur associé au Département des sciences animales et avicoles de l'Université de la Saskatchewan; et Cara Cargo-Froom, doctorante à l'époque et aujourd'hui chercheuse postdoctorale à l'Université de Guelph.

D'autres spécialistes ont joué un rôle clé : le Dr Rex Newkirk, professeur agrégé au Département des sciences animales et avicoles de l'Université de la Saskatchewan; le Dr Yongfeng Ai, professeur agrégé en sciences des aliments et des bioproduits à l'Université de la Saskatchewan; le Dr Olufemi Babatunde, chercheur postdoctoral en physiologie nutritionnelle au PSC; et le Dr Chris Marinangeli, autrefois directeur, nutrition, science et affaires réglementaires chez Pulse Canada, et aujourd'hui directeur principal, recherche et affaires réglementaires au sein de la même organisation.

Les scientifiques peuvent maintenant tirer des conclusions générales sur les variations de nutriments entre légumineuses ou au sein d'une même catégorie, par exemple entre les haricots, mais il reste du travail à faire. Comprendre comment la transformation agit sur chaque catégorie de légumineuses, et sur les variétés au sein d'une même catégorie, fournirait un éclairage précieux sur les variétés qui présentent le plus d'intérêt.

Dans le cadre de son programme en cours, la Dre Shoveller continuera de rechercher des sources de protéines de qualité pour les porcs, les chiens, les chats et les chevaux.

A pig eating at a feeder
  • Article tiré du projet de la Grappe Porcine 3 : Réduction du coût de l'alimentation et de l'empreinte environnementale et amélioration de la compétitivité mondiale de la production porcine canadienne

  • Responsable du projet : Dre Kate Shoveller (Université de Guelph)

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Économiser sur l'alimentation et engraisser les profits

Avec le prix élevé de la moulée ces temps-ci, tout ce qui fait baisser vos coûts se digère bien.

La science cherche constamment de nouvelles façons d’y arriver, et une étude montre que les légumineuses à grains, particulièrement la féverole, pourraient aider à alléger la facture.

La force des légumineuses

Pour diversifier les sources d'énergie et de protéines dans les rations porcines, des chercheurs de l'Université de l'Alberta se sont penchés sur une plus grande utilisation des légumineuses cultivées localement. Au-delà de la réduction du coût d'alimentation, leur culture présente plusieurs avantages sur les plans agronomique et environnemental. En plus de fixer l’azote atmosphérique grâce à leur association avec des bactéries présentes sur leurs racines, les légumineuses contribuent à diversifier les populations microbiennes du sol et à améliorer l'absorption des éléments nutritifs. Et ce n'est pas tout : elles brisent aussi les cycles des ravageurs et des maladies dans la rotation annuelle avec les céréales et les oléagineux.

L'étude s'est intéressée au potentiel de la féverole, qui offre un rendement supérieur à celui des pois des champs, exige moins d'intrants que d'autres cultures et peut présenter une empreinte carbone plus faible que certaines sources de protéines d’origine animale.

L'intégration de la féverole aux rations porcines est toutefois limitée par sa teneur en facteurs antinutritionnels comme les tanins, la vicine et la convicine. Les facteurs antinutritionnels sont des composés qui peuvent réduire l’utilisation des nutriments par l’animal ou diminuer sa consommation de moulée. En réponse, les chercheurs ont trouvé des pistes de solution en ciblant les cultivars de féverole les mieux adaptés aux besoins des producteurs.

La féverole prend son envol

Quand la féverole a fait son entrée dans l'Ouest canadien il y a une vingtaine d'années, sa forte teneur en tanins s'est révélée une arme à double tranchant. Les tanins protégeaient la culture des dommages causés par le gel hâtif à l'automne, mais ils donnaient aux graines un goût amer, ce qui limitait leur intérêt dans les rations porcines. Pour améliorer la valeur alimentaire de la féverole, un nouveau cultivar à fleurs blanches, Snowbird, a été mis en marché. Sa faible teneur en tanins a rehaussé la valeur alimentaire, mais au prix d'une protection réduite contre le gel hâtif.

En un mot (ou en une gousse), le dilemme était le suivant : comment gagner sur les deux tableaux et rendre la féverole intéressante à la fois comme culture et comme source alimentaire? Pour y arriver, les phytogénéticiens ont abaissé la teneur en tanins tout en conservant la protection contre le gel et en améliorant la digestibilité de la graine. Avec Snowbird, les producteurs obtiennent aussi une faible teneur en tanins, mais ils perdent la protection contre le gel du même coup. Au cours de cette étude, les chercheurs de l'Université de l'Alberta ont constaté que les cultivars de féverole à teneur modérée en tanins pouvaient tout de même entrer dans les rations porcines, à condition d'être aussi faibles en vicine et en convicine, les fameux facteurs antinutritionnels. C'est une percée importante pour les producteurs, puisqu'elle leur permet de réduire le risque de dommages causés par le gel tout en cultivant une féverole pouvant servir à l’alimentation humaine et animale sans nuire aux performances des porcs.

Bien choisir son cultivar, ça rapporte

Pour tirer le maximum de l'ajout de la féverole à une rotation, il est important de bien se renseigner avant de choisir le cultivar le mieux adapté à son exploitation. Parmi les cultivars à teneur modérée en tanins, les chercheurs ont trouvé que Fabelle se démarquait par la consommation de moulée et le gain de poids observés chez les porcs. D'un cultivar à l'autre, les différences de teneur en fibres et en amidon influencent la digestibilité de la matière sèche et de l’énergie, ainsi que les performances de croissance des porcs, ce qui finit par se voir dans les résultats financiers. Cela dit, s'il est évidemment primordial de s'assurer qu'un cultivar convienne à vos porcs, il faut aussi soupeser les pertes de rendement associées à une protection réduite contre le gel.

Ayant établi que la féverole permet bel et bien de réduire le coût d'alimentation, les scientifiques estiment maintenant qu'il est il est maintenant essentiel de faire connaître les résultats aux producteurs et aux nutritionnistes. Pour favoriser l’utilisation de la féverole dans les rations porcine, les producteurs doivent être convaincus que les légumineuses à grains comme la féverole sont rentables. En remplaçant une partie du tourteau de soya par une féverole moins coûteuse, sans compromettre la croissance, les producteurs pourraient réduire le coût de moulée par unité de gain de poids.

Digérer les résultats

Les chercheurs ont bien constaté que les facteurs antinutritionnels de la féverole peuvent réduire légèrement la digestibilité des nutriments. Cela ne devrait toutefois pas compromettre la croissance si cette caractéristique est prise en compte lors de la formulation des rations. Une teneur modérée en tanins peut être acceptable, pourvu que les teneurs en vicine et en convicine demeurent faibles.

L'étude a été menée par le Dr Eduardo Beltranena, chercheur en production porcine à l'Université de l'Alberta. À la ferme comme au laboratoire, l'étudiant aux cycles supérieurs Protus Nyende a joué un grand rôle, veillant à ce que tous les essais soient réalisés avec rigueur. Le projet a bénéficié d'un financement de Swine Innovation Porc et d'Alberta Pork, versé au Dr Ruurd Zijlstra.

L'équipe compte maintenant mieux caractériser les cultivars de féverole et approfondir les connaissances sur leur valeur alimentaire et leur utilisation dans l’Ouest canadien. Peu importe où cela les mènera, les chercheurs savent que les résultats obtenus jusqu’ici pourraient aider les producteurs à réduire leurs coûts de moulée.

Voilà de quoi nourrir la réflexion.

Faba beans
  • Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Réduction du coût de l'alimentation et de l'empreinte environnementale et amélioration de la compétitivité mondiale de la production porcine canadienne

  • Responsable du projet : Dr Ruurd Zijlstra (Université de l'Alberta)

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Profiter des probiotiques

Pour le non-initié, l'idée d'une « bonne bactérie » ressemble à celle d'un gentil monstre : à première vue, ça semble contre-intuitif, voire contradictoire.

En réalité, le corps du porc comme celui de l'humain contient plus de bonnes bactéries que de mauvaises, surtout dans l'intestin. Comme les bonnes bactéries, aussi appelées probiotiques, jouent un rôle déterminant pour garder les porcs en santé et les producteurs à flot, des chercheurs ont mené une étude pour mieux comprendre les deux types de bactéries.

Les probiotiques procurent plusieurs bienfaits au porc : meilleure digestion, protection contre les agents pathogènes, production d'éléments nutritifs et d'anticorps. Ces avantages comptent particulièrement chez les porcelets en péri-sevrage et en post-sevrage, souvent exposés à des maladies comme celles causées par E. coli et par le rotavirus, une infection très contagieuse qui provoque diarrhée et déshydratation. À l'heure actuelle, les principaux moyens de lutte à la ferme sont la vaccination, les suppléments de zinc et l'ajout d'antimicrobiens à la moulée. Or, ces trois approches ont leurs limites.

Une bonne nouvelle, une moins bonne

Les antimicrobiens soulèvent des inquiétudes en santé publique, puisque de plus en plus d'infections y résistent. Ils représentent aussi une dépense de plus pour les producteurs et pourraient rendre les agents pathogènes plus difficiles à traiter dans l'avenir.

La vaccination a sa place en production, mais elle est moins efficace chez les jeunes porcs, dont le système immunitaire n'est pas encore assez développé pour bien y répondre.

Quant au zinc, ses effets négatifs sur l'environnement sont bien documentés, ce qui a mené certains pays à en interdire l'usage chez le porc. Le Canada pourrait bientôt emboîter le pas. Aux yeux des scientifiques du projet, les probiotiques constituent la meilleure solution de rechange. Des travaux antérieurs ont montré que les porcelets qui ne sont pas exposés tôt aux bonnes bactéries peuvent devenir très vulnérables aux maladies. Quand on ajoute des probiotiques à la ration, comme le Lactobacillus qu'on trouve aussi dans le yogourt, l'afflux de bonnes bactéries dans l'intestin finit par déloger les mauvaises. Le Lactobacillus est un probiotique qui rétablit l'équilibre des bonnes bactéries dans l'intestin, un équilibre que peuvent perturber un traitement aux antibiotiques ou une infection intestinale.

Une exploration en profondeur

Pour mieux comprendre le lien entre les bactéries et la santé du porc, les scientifiques se sont penchés sur la composition du microbiote intestinal, qui compte des milliers de bactéries. Une observation intéressante : le microbiote change à mesure que le porc vieillit. À la naissance, le porcelet n'a aucune bactérie dans l'intestin, mais il commence à en acquérir au contact de la truie pendant la mise bas. Comme les bactéries nécessaires à la digestion des liquides et des solides diffèrent, le microbiote change de nouveau quand le porcelet passe du lait à une alimentation solide après le sevrage.

Les chercheurs ont aussi examiné le lien entre le microbiote intestinal et les performances de croissance. Ils ont constaté que les porcs présentant un certain entérotype affichaient une meilleure croissance et moins de diarrhée. Un entérotype est une classification des organismes vivants fondée sur la composition bactérienne du microbiome intestinal.

Enfin, l'équipe a cherché à établir un lien entre le microbiote et la génétique, en notant que certaines bactéries n'arrivent pas à survivre dans l'intestin du porc en raison d'une variation génétique chez l'animal.

Savoir, c'est pouvoir

Quand il est question de porcs, de santé et de bactéries, plus la recherche en sait, plus elle peut aider les producteurs. Avec le retrait graduel des antimicrobiens, le secteur a besoin d'une solution de rechange pour garder les porcs en forme devant un défi infectieux, et ce sont les probiotiques qui offrent le meilleur potentiel. De nombreuses sociétés pharmaceutiques se sont dites intéressées à en développer. Pour appuyer ces efforts, les chercheurs doivent accumuler le plus de connaissances possible, notamment sur la façon de distinguer les bonnes des mauvaises bactéries dans l'intestin.

Si ces travaux mènent à un nouveau probiotique commercialisable et utilisable par les producteurs, on y gagnerait sur trois tableaux : des porcs en meilleure santé, une industrie porcine plus productive et un moindre recours aux antimicrobiens chez les animaux.

La collaboration a été déterminante pour la réussite des chercheurs. Ils ont obtenu du financement de Swine Innovation Porc (SIP), de Cargill Limited et du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario.

L'équipe de recherche comptait le Dr Vahab Farzan, le Dr Brandon Lillie, le Dr Khurram Nadeem et Madison Arsenal, étudiante aux cycles supérieurs à l'Université de Guelph, ainsi que le Dr Ehsan Khafipour, de Cargill.

Dans les années à venir, les scientifiques espèrent cibler les bactéries précises associées à de meilleures performances et à une meilleure santé, puis s'en servir pour produire des probiotiques efficaces pour le porc. S'ils parviennent aussi à repérer les marqueurs génétiques de ces caractères, l'information pourrait être transmise aux élevages de sélection pour l'amélioration de leurs troupeaux.

microscopic illustration of the microbiome
  • Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Caractérisation du microbiome intestinal de base associé à la santé et aux performances des porcs : vers un diagnostic fécal et une thérapie microbiomique

  • Responsables du projet : Dr Brandon Lillie (Université de Guelph)

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Comme du petit lait : Augmenter les rendements grâce à un régime pour les cochettes de remplacement

Dans un secteur où les choses ne sont pas toujours simples, il y a au moins une certitude : les porcelets ont besoin de lait, et une production laitière suffisante est essentielle à leur développement.

Chez les truies hyperprolifiques, la production laitière peut devenir un facteur limitant pour la croissance des porcelets. Ces truies peuvent mettre bas plus de porcelets qu’elles n’ont de trayons fonctionnels. Chaque porcelet a alors accès à moins de lait, ce qui peut réduire son poids au sevrage.

Lorsque la production laitière est suffisante, les porcelets peuvent être plus lourds et plus vigoureux au sevrage et mieux préparés à faire face aux maladies. Ils peuvent également atteindre leur poids de marché plus rapidement. Pour soutenir leur croissance et les préparer au sevrage, les éleveurs peuvent leur offrir une alimentation complémentaire pendant qu’ils tètent encore la truie. Cette pratique peut être efficace, mais elle entraîne des coûts supplémentaires.

Du lait, s'il vous plaît?

La Dre Chantal Farmer, chercheuse scientifique au Centre de recherche et de développement de Sherbrooke d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, a relevé le défi. Elle a évalué plusieurs stratégies visant à favoriser le développement mammaire et à accroître la production laitière future des truies.

Miser sur les fibres

Comme les cochettes poussent plus vite qu'avant, elles éprouvent souvent des problèmes d'aplombs, ce qui amène certains producteurs à ralentir cette croissance en en limitant leur consommation de moulée. Cette approche peut toutefois nuire au développement mammaire. Des travaux antérieurs de la Dre Farmer avaient montré qu’une restriction alimentaire de 20 % entre l’âge de 90 jours et la puberté réduisait le développement des tissus mammaires.

Elles ont constaté qu'une même réduction de 20 % de la consommation, ou encore une alimentation à volonté contenant 25 % plus de fibres, pouvait produire un effet comparable. Les deux approches ont ralenti la croissance des cochettes sans compromettre leurs performances de lactation ultérieures.

Besoin de lysine? Pensez au soya

Le développement mammaire s’accélère pendant le dernier tiers de la gestation. Les apports recommandés en lysine, un acide aminé essentiel fourni par la ration, pourraient toutefois être insuffisants pendant cette période.

En augmentant la part de tourteau de soya dans la ration, les chercheuses ont réussi à hausser de 40 % les apports en lysine, ce qui a du même coup accru de 40 % la quantité de tissu synthétisant le lait dans la glande mammaire. Comme les producteurs, les scientifiques ne restent pas les bras croisés : elles comptent aller plus loin en vérifiant l'effet de la lysine chez les truies multipares.

La prolactine, pro-lait

La prolactine est une hormone qui joue un rôle central dans la production de lait chez les mammifères. Des études antérieures ont évalué l’administration de prolactine afin d’augmenter ses concentrations chez la truie et de stimuler la production laitière. Dans le cadre de cette étude, les chercheuses ont évalué le potentiel d'un médicament appelé dompéridone. La dompéridone est un médicament qui augmente les concentrations de prolactine produite par l’organisme, et il est même utilisé chez les femmes qui n'arrivent pas à produire assez de lait maternel après l'accouchement. Sur ordonnance vétérinaire, la dompéridone peut être ajoutée à la moulée des truies pour stimuler la prolactine, ce qui évite les injections d'hormones. 

Quand l'équipe a mis le médicament à l'essai, elle a d'ailleurs observé une hausse moyenne de 5,6 % du poids corporel des porcelets au jour 22 jour.

Comme bien des choses dans la vie, le moment choisi fait toute la différence. Avant la puberté, la physiologie de la cochette ne lui permet pas de tirer profit du médicament; pour obtenir les meilleurs résultats, il faut l'intégrer à la ration pendant la lactation.

Tous les volets de l'étude sont prometteurs, mais le relèvement des niveaux de lysine recommandés dans la ration de gestation est peut-être le plus déterminant. Les besoins nutritionnels des cochettes de renouvellement diffèrent de ceux des porcs à l’engraissement, notamment parce que leur alimentation doit soutenir leur développement mammaire et leurs futures performances de reproduction.

L'appétit vient en mangeant

Au bout du compte, cette étude est le fruit d'une collaboration. La Dre Farmer y a apporté son expertise en biologie de la lactation porcine, et la Dre Huber, ses connaissances approfondies en nutrition porcine. Les travaux se sont déroulés à l'Université de Guelph et à l'Université de Sherbrooke, offrant du même coup des occasions à de nouveaux étudiants aux cycles supérieurs de ces établissements.

Ces résultats ont également soulevé une question importante : l’amélioration du développement mammaire était-elle attribuable à la lysine elle-même, à l’augmentation globale des protéines ou à d’autres composants du tourteau de soya?

En précisant les besoins nutritionnels des cochettes et les facteurs qui influencent la production laitière des truies, ces travaux pourraient aider les éleveurs à améliorer la croissance des porcelets avant le sevrage.

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  • Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Nouvelles stratégies d'alimentation et de gestion des cochettes de renouvellement visant à optimiser la production future de lait

  • Responsable du projet : Dre Chantal Farmer (AAFC – Sherbrooke)

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Il est grand temps de réduire les coûts d'alimentation

Pour le secteur porcin, réduire les coûts de moulée sans compromettre la santé ni les performances des porcelets est un proposition gagnante.

Ce défi est particulièrement important après le sevrage, une période critique pour la santé et le développement des porcelets. En consultation avec le secteur, les chercheurs ont relevé plusieurs défis touchant les porcelets sevrés, notamment la réduction du recours aux antibiotiques et la possibilité de remplacer certaines protéines d’origine animale dans les rations. Les chercheurs ont donc évalué des stratégies alimentaires visant à réduire les coûts, à diminuer le recours aux antibiotiques dans la moulée et à améliorer la robustesse des porcelets sevrés.

Place à la croissance

Pour y arriver, l'accent a d'abord porté sur les acides aminés et sur leur capacité à soutenir la santé et la croissance des porcelets après le sevrage sans faire augmenter indûment les coûts de moulée. Cela pourrait du même coup réduire la dépendance du secteur aux antibiotiques, en utilisant l’alimentation pour soutenir la fonction immunitaire, la résistance aux maladies et la croissance. La réduction du recours aux antibiotiques est une priorité pour le secteur porcin, les chercheurs et la société dans son ensemble.

Les chercheurs ont également évalué des approches chimiques et biologiques visant à neutraliser le déoxynivalénol, ou DON, mieux connu sous le nom de vomitoxine. Cette mycotoxine peut contaminer des céréales comme le blé, l’orge, l’avoine, le seigle et le maïs. Ces approches pourraient réduire les effets du DON sur la consommation de moulée, la santé et la croissance des porcs.

Au cours de l'étude, l'équipe a aussi cherché à déterminer quelle proportion de légumineuses à grains pouvait être incorporée aux rations, afin de réduire les coûts d'alimentation et d'améliorer la santé intestinale.

Porcs, plantes et profits

Les rations traditionnelles offertes après le sevrage contiennent souvent des sources de protéines animales, comme le lactosérum et la farine de poisson, considérées comme la meilleure option pour atténuer le stress du sevrage. Ces rations sont composées d’ingrédients hautement digestibles, mais elles peuvent être coûteuses pour les éleveurs. Certaines études donnent toutefois à penser que, comparées aux options végétales, elles n’entraînent pas nécessairement de meilleures performances globales entre la pouponnière et l’atteinte du poids de marché.

En parallèle, certaines données indiquent que les rations principalement composées d’ingrédients végétaux pourraient toutefois réduire la résilstence des porcelets à certaines maladies comparativement aux rations contenant des protéines animales. Ce constat en demi-teinte montre bien qu'il faut poursuivre la recherche sur les avantages et les limites des différentes rations.

Le rôle des acides aminés fonctionnels

Dans cette étude, les chercheurs ont pallié l'inconvénient des rations végétales en y ajoutant un mélange d'acides aminés fonctionnels à 120 % des recommandations du NRC. En plus de contribuer à la synthèse des protéines, certains acides aminés participent à des fonctions métaboliques et immunitaires importantes pour la santé et le développement des porcs. Des études antérieures ont montré que cette approche pouvait soutenir la croissance et la réponse immunitaire de porcs exposés à un défi infectieux par Salmonella.

À vous de choisir

Les résultats peuvent aider les éleveurs et les nutritionnistes à choisir une stratégie adaptée à leur situation. Dans certains élevages,une ration contenant des protéines animales peut être préférable lorsque la santé et la résistance aux maladies sont prioritaires. Dans d'autres cas, une ration principalement composée d’ingrédients végétaux pourrait contribuer à réduire les coûts de moulée. Pour ceux qui optent pour cette seconde voie, ajouter à la ration les acides aminés fonctionnels que sont la méthionine, la thréonine et le tryptophane, à des concentrations supérieures à celles couramment utilisées dans le secteur, peut aider à contrer l'effet négatif des stratégies végétales sur la résilience contre les maladies. Ces acides aminés protègent d'autant mieux la santé du porc qu'ils sont administrés longtemps avant un défi infectieux.

Au total, l’étude a porté sur plusieurs stratégies complémentaires, grâce à la collaboration du secteur, des gouvernements et du milieu universitaire. Swine Innovation Porc (SIP), le gouvernement de la Saskatchewan et le gouvernement du Canada, dans le cadre du Partenariat canadien pour l'agriculture, ont participé au financement de l'étude. La recherche a été menée par les codirecteurs, le Dr Daniel Columbus, chercheur au Prairie Swine Centre et professeur auxiliaire à l'Université de la Saskatchewan, et le Dr Martin Nyachoti, professeur au Département des sciences animales de l'Université du Manitoba.

Comme bien des victoires dans la vie tiennent aux bons gestes posés au bon moment, les scientifiques estiment qu'il en va de même de la réussite en production porcine. Les décisions prises après le sevrage peuvent avoir des effets durables sur la santé et les performances des porcs. En adaptant les sources de protéines et les concentrations de certains acides aminés aux besoins de leur élevage, les éleveurs pourraient réduire leurs coûts de moulée et leur recours aux antibiotiques sans compromettre les performances des animaux.

Wheat kernels and sheafs on top of dollar bills
  • Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Stratégies innovantes pour réduire les coûts d'alimentation après le sevrage tout en préservant des performances et un état de santé optimaux

  • Responsables du projet : Dr Daniel Columbus (Prairie Swine Centre), Dr Martin Nyachoti (Université du Manitoba)

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Swine Innovation Porc
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La science améliore les performances des porcs

Maximiser les performances des porcs est une affaire sérieuse pour les producteurs.

Tout comme une saine alimentation garde les gens en forme, la juste quantité de vitamines et de minéraux dans la moulée peut faire la différence entre le profit et la perte dans le secteur porcin. C'est dans cette optique que des chercheurs se sont penchés sur des stratégies en oligo-éléments visant à maximiser la robustesse et les performances des porcelets avant et après le sevrage.

La science sait depuis des années que les porcelets sont sujets à la carence en fer. Ils naissent avec des réserves raisonnables, mais celles-ci peuvent commencer à s'épuiser dès le 3e jour, et les porcelets deviendront anémiques au sevrage s'ils ne reçoivent pas de supplément de fer. Qu'en est-il des autres oligo-éléments et des vitamines?

Le cuivre intrigue

Le cuivre est un minéral essentiel chez le porc, puisqu'il améliore les performances de croissance et l'indice de consommation, surtout chez les jeunes animaux. Alors que le National Research Council recommande de 6 à 10 ppm (parties par million) dans la ration des porcs en post-sevrage, la norme de l'industrie au Canada se situe en moyenne à 130 ppm. À partir de prélèvements sanguins réalisés dans une étude antérieure, les chercheurs ont constaté que les concentrations de cuivre chutaient en période de post-sevrage jusqu'aux valeurs très faibles qu'on observe habituellement à la naissance, et ce, même chez des animaux ayant reçu de grandes quantités de cuivre. Même en recevant jusqu'à 20 fois la quantité recommandée, les porcs présentaient tout de même une carence en cuivre trois semaines après le sevrage.

Ces résultats ont soulevé une question hautement scientifique : « Que s'est-il donc passé? »

Parlons zinc

À la recherche d'une réponse, les scientifiques ont ajouté le zinc à l'équation, encore utilisé à fortes doses au Canada pour prévenir la diarrhée chez le porc. En testant différents niveaux de supplémentation en sulfate de cuivre et en oxyde de zinc, ils ont découvert que de fortes quantités de zinc (3 000 ppm) stimulaient une enzyme qui retenait le cuivre dans les tissus intestinaux. En empêchant le cuivre d'atteindre sa destination, soit le foie et le sérum (la partie liquide du sang), cette enzyme provoquait la carence en cuivre chez le porc.

Régler la question du fer

Le fer est un autre minéral crucial pour le porc, essentiel à une santé et à une croissance optimales. Malgré la supplémentation en fer durant la première semaine de vie, des travaux récents montrent que les porcelets peuvent présenter une carence en fer au sevrage. Les rations de post-sevrage sont pourtant riches en fer, mais là encore, des teneurs élevées en oxyde de zinc posent problème en nuisant à la constitution des réserves de fer dans le foie.

Du risque au bénéfice

En explorant les effets de différents niveaux de minéraux chez le porcelet, les chercheurs commencent à cerner le programme de supplémentation idéal pour favoriser la croissance et les performances. La démarche est essentielle au vu de l'évolution du secteur. En 2021, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a consulté le secteur porcin pour mieux comprendre les effets du zinc et du cuivre et proposer de nouveaux niveaux de supplémentation. L'ACIA s'inquiète particulièrement du fait que de fortes teneurs en zinc peuvent nuire à l'environnement une fois excrétées dans le lisier et épandues aux champs. Il peut en résulter une forte concentration de zinc dans le sol, qui persistera jusqu'à 50 ans avant de se disperser complètement, empêchant les cultures de bien pousser dans ce champ. Le zinc peut aussi poser un problème de santé publique, puisqu'il stimule l'expression de certains gènes bactériens qui rendent les bactéries plus résistantes aux antibiotiques.

En 2022, l'Union européenne a interdit les fortes teneurs en zinc chez le porc, et le Canada semble s'engager dans la même voie. L'ACIA recommande maintenant d'abaisser les limites de zinc de 3 000 ppm à 300 ppm. Une fois ce changement rendu obligatoire, les producteurs auront perdu deux de leurs meilleures armes pour préserver la santé de leurs porcs : les antibiotiques et l'oxyde de zinc. Alors que les producteurs tentent de s'adapter à la nouvelle réglementation, des études comme celle-ci sont déterminantes pour bien doser des minéraux comme le zinc et le cuivre. D'un point de vue scientifique, si on ignore ce qui arrive au porc lorsqu'il reçoit des teneurs élevées ou faibles en minéraux, comment ajuster correctement la ration aux nouvelles normes sans compromettre la santé et la croissance des porcelets?

Une question d'équilibre

En raison des interactions négatives entre le zinc et le cuivre, un faible rapport zinc-cuivre dans la ration pourrait améliorer l'absorption et l'utilisation des deux minéraux. L'étude a toutefois aussi montré que de faibles teneurs en cuivre (6 ppm) et en zinc (100 ppm) ne semblent pas combler les besoins des porcelets en ces minéraux durant les premières semaines suivant le sevrage. Ce constat montre qu'il faut mieux comprendre la nutrition en zinc et en cuivre chez le porcelet en post-sevrage.

Au bout du compte, une approche équilibrée et globale, qui tient compte de la santé, de la nutrition, des performances et de l'environnement, permettra aux animaux d'exprimer leur plein potentiel tout en protégeant les humains et la planète.

Financée par Swine Innovation Porc, cette étude s'est appuyée sur l'expertise de plusieurs organisations : DSM Animal Nutrition & Health, Lallemand Animal Nutrition, Agri-Marché et le Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD).

Comme toujours, plusieurs scientifiques ont mis leurs connaissances au service du projet : le Dr Jérôme Lapointe, la Dre Guylaine Talbot, le Dr Danyel Bueno Dalto, le Dr Jacques Matte (chercheur, retraité) et le Dr Martin Lessard (chercheur, retraité), tous d'AAC à Sherbrooke, au Québec; le Dr Frédéric Guay, professeur à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, Département des sciences animales, de l'Université Laval; et Yan Martel-Kennes, du CRSAD.

Pour la suite, les chercheurs approfondiront l'étude de l'interaction entre les sources de zinc et de cuivre, organiques comme inorganiques, et examineront les effets des combinaisons, par exemple zinc inorganique et cuivre organique, et l'inverse. Ils testeront aussi différents moments de supplémentation ainsi que divers modes d'administration, comme l'eau d'abreuvement, pour voir si cela augmente l'absorption et réduit les interactions négatives entre les minéraux.

A person holding a piglet
  • Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Stratégies novatrices en matière de micronutriments pour maximiser la robustesse et les performances des porcelets pendant les périodes de pré-sevrage et de post-sevrage

  • Responsables du projet : Dr Jérôme Lapointe (AAC Sherbrooke); Dr Danyel Dalto (AAC Sherbrooke)

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Swine Innovation Porc
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Une nouvelle approche pour la santé intestinale des porcelets sevrés

Cela peut sembler hors de portée, mais rendre les porcs plus résistants aux maladies tout en réduisant l'utilisation des antibiotiques est tout à fait réalisable.

Les maladies porcines liées aux bactéries intestinales sont considérées comme les principaux facteurs de risque de perturbation de la production porcine, et c'est particulièrement vrai chez les porcelets sevrés. Ceux-ci subissent souvent des troubles intestinaux causés par des maladies entériques (des infections du système gastro-intestinal), par une mauvaise digestion des éléments nutritifs ou par un manque de phosphatase alcaline (PAL), une enzyme intestinale qui aide à maintenir le micro-environnement de l'intestin.

Réaction viscérale

Devant ces problèmes de santé, une équipe de recherche dirigée par le Dr Ming Fan, de l'Université de Guelph, s'est attaquée à l'amélioration de l'efficacité de la PAL. Cela peut paraître complexe, mais l'objectif final était simple : un intestin en meilleure santé, donc des porcs en meilleure santé, qui grandissent plus vite sans être freinés par les maladies infectieuses. Du même coup, la demande d'antibiotiques diminuerait, ce qui réduirait la menace que l'antibiorésistance dans le secteur porcin fait peser sur la santé publique.

Ces dernières années, les scientifiques ont mis en lumière le rôle essentiel que joue la PAL dans le maintien de la santé intestinale, en protégeant autant les porcs que les humains des toxines produites par les microbes pathogènes présents dans l'intestin. Ces toxines déclenchent souvent la maladie. Chez le porcelet sevré, le problème n'est pas que sa PAL soit différente de la nôtre. C'est que le sevrage est une période exigeante : entre la séparation d'avec la truie, un nouveau parc et le passage du lait à la moulée, le porcelet peut se retrouver à court de PAL au moment même où son intestin est le plus sollicité.

Une mise au point par l'alimentation

Pour donner aux PAL du porc la mise au point qui leur manque, les chercheurs ont cherché à développer des additifs alimentaires. Il s'agirait d'enzymes PAL externes, que l'organisme ne produit pas naturellement, mais qu'on pourrait ajouter à la ration pour renforcer la réponse intestinale. Après de longs travaux, les scientifiques ont mis au point une enzyme très prometteuse pour améliorer le micro-environnement intestinal du porc et l'aider à résister aux maladies.

Bien sûr, comme pour la plupart des grandes découvertes, il reste une montagne à gravir avant que tout cela se traduise par des profits pour l'industrie : la paperasse. Comme l'enzyme est un produit microbien, elle est fortement réglementée. Avant de la rendre accessible aux producteurs, il faudra beaucoup de données pour démontrer que le produit est sûr, efficace et respectueux de l'environnement. Dans le cadre du processus d'homologation, le gouvernement fédéral devra aussi confirmer que ses mécanismes biologiques sont clairement établis comme ceux d'un nouveau produit microbien, puisque personne n'a mis au point ni commercialisé de produit semblable jusqu'ici.

Santé rime avec rentabilité

Une fois l'approbation gouvernementale obtenue, cette nouvelle enzyme pourrait devenir un outil précieux pour l'industrie. Le produit favoriserait une croissance plus rapide et plus efficace, tout en évitant le recours aux antibiotiques pour soutenir la santé. Il vise d'abord les porcelets sevrés, plus vulnérables en raison de leur jeune âge, mais l'enzyme pourrait aussi aider les porcs en croissance et les truies.

Les antibiotiques sont une arme puissante depuis des décennies dans la lutte contre les maladies humaines et animales, mais le contexte a bien changé. Aujourd'hui, leur utilisation fait l'objet d'une surveillance accrue de la part du public et suscite des inquiétudes grandissantes sur le plan de l'antibiorésistance. Cela rend les additifs alimentaires d'autant plus intéressants, comme les enzymes PAL, qui renforcent les défenses immunitaires naturelles tout en ouvrant la voie à des traitements qui concilient la santé des personnes, des animaux et de l'environnement.

Du laboratoire à la porcherie

Dans ce contexte, il fallait une nouvelle arme pour aider les porcs et les producteurs, et la trouver a exigé un véritable travail d'équipe. Les scientifiques ont bénéficié de l'appui financier de partenaires de l'industrie comme Ontario Pork, ainsi que du financement de grappe accordé par des organismes de recherche dont Swine Innovation Porc (SIP) et Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Au-delà des dollars, cette solution « faite au Canada » a largement reposé sur les technologies de laboratoire de l'Université de Guelph et sur la matière grise des chercheurs, des associés de recherche et des étudiants.

Il reste toutefois plusieurs étapes à franchir avant de passer du laboratoire à la porcherie. Maintenant que la recherche fondamentale et les essais d'efficacité sont terminés, l'équipe doit s'attaquer au transfert technologique vers les universités, les entreprises et les gouvernements. Ce processus permet de rendre les avancées scientifiques et technologiques du projet accessibles à un plus large éventail d'utilisateurs, qui pourront à leur tour les faire progresser. Viendront ensuite la protection de la propriété intellectuelle, l'approbation gouvernementale et, idéalement, la commercialisation du produit.

Dans un prolongement de l'étude, les scientifiques espèrent explorer les effets sur la fertilité des sols de l'épandage du lisier de porcs nourris avec cette enzyme. Ils veulent aussi examiner de plus près les bienfaits possibles de l'enzyme dans les rations des truies.

Animal feed with a spoonful of additive powder
  • Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Développement de nouveaux additifs alimentaires destinés à remplacer les antibiotiques et à favoriser la santé intestinale des porcs

  • Responsable du projet : Dr Ming Fan (Université de Guelph)

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Gestion des truies en groupe : comment favoriser la cohabitation?

La gestion des truies peut mettre la patience à l’épreuve, particulièrement dans les systèmes de logement en groupe, où les interactions sociales ajoutent à la complexité de la régie.

Dans ces systèmes, une bonne régie est essentielle pour réduire le stress des truies et soutenir leurs performances de reproduction ainsi que le développement des porcelets. Compte tenu des enjeux pour les éleveurs, les chercheurs ont évalué différentes stratégies de regroupement.

En examinant les avantages et les inconvénients des différents systèmes de gestion en groupe, des chercheurs canadiens se sont penchés sur les groupes dynamiques par rapport aux groupes statiques, et ont comparé le mélange hâtif et le mélange tardif des truies. Dans un système dynamique, plusieurs groupes de truies saillies partagent le même parc. Lorsque certaines truies quittent le groupe pour la mise bas, de nouvelles truies récemment saillies sont introduites dans le parc.

Dans un système statique, chaque parc accueille un seul groupe de truies, formé au début de la gestation. La composition du groupe demeure ensuite inchangée, même lorsqu’une truie en est retirée. Le choix d’un système dynamique ou statique a donc des répercussions importantes sur la conception des parcs, les équipements d’alimentation et la régie du troupeau.

Se mêler au groupe

Le regroupement dynamique est utilisé par de nombreux éleveurs, notamment parce qu’il peut être associé à des systèmes permettant d’alimenter les truies individuellement. Les chercheurs craignaient toutefois que les allées et venues des groupes dans le parc génèrent plus de conflits, d'agressivité et de stress. Chez les truies logées en groupe, on distingue l’agressivité liée au mélange de l’agressivité persistante qui peut se manifester après l’établissement du groupe. Les chercheurs voulaient déterminer si l’introduction régulière de nouvelles truies dans les groupes dynamiques entraînait davantage d’agressions persistantes. 

Les chercheurs ont constaté que l’agressivité liée au mélange était moins marquée dans les groupes dynamiques, puisque seulement un petit nombre de nouvelles truies y étaient introduites à la fois. Les truies des groupes dynamiques présentaient toutefois davantage de lésions associées aux agressions persistantes pendant la gestation, sans différence mesurable dans leurs performances de reproduction. Les résultats indiquent que l’agressivité liée au mélange pourrait avoir davantage d’effets sur la reproduction que les agressions persistantes observées par la suite.

Le regroupement après 28 jours de gestation est souvent privilégié, puisqu’il évite de mélanger les truies pendant le début de la gestation. Cette approche pourrait toutefois être remise en question à mesure que le secteur réduit le temps passé en stalle de gestation individuelle. Alors que le public réclame de plus en plus l'abolition des séjours d'un mois en cage de gestation, les chercheurs regardent de plus près le mélange plus hâtif comme option viable.

Fait intéressant, lorsque les truies étaient regroupées tôt en gestation, l’étude a relevé moins d’agressivité dans le système dynamique que dans le système statique. Dans le système dynamique, seulement quelques nouvelles truies étaient introduites à la fois. Dans le système statique, toutes les truies étaient regroupées au même moment au début de la gestation, ce qui entraînait un épisode de mélange plus important. Les truies du système dynamique ont également présenté le taux de mise bas le plus élevé parmi les traitements évalués, devant les truies du système statique et celles du groupe témoin regroupées plus tard en gestation. 

Aucun des deux systèmes ne convient à toutes les situations. Les systèmes statiques et dynamiques exigent des installations et des pratiques de régie différentes. Les éleveurs doivent donc adapter leurs stratégies de régie au système choisi, notamment en ce qui concerne l’alimentation, la composition des groupes et la surveillance des animaux subordonnés.

Le statut social est également important. Lorsque la régie du groupe est inadéquate, les truies subordonnées risquent davantage d’être désavantagées. Il s’agit souvent de truies plus jeunes ou de plus petite taille.

Les programmes de sélection génétique pourraient également accorder davantage d’importance à la conformation, à la robustesse, à la longévité et à un tempérament compatible avec le logement en groupe, en plus des caractères liés à la taille des portées.

Gravir l'échelle sociale

Le statut social au sein du parc s’est révélé être un autre facteur associé aux performances de reproduction des truies. À l’aide d’un test de compétition alimentaire, les chercheurs ont classé les truies comme dominantes, intermédiaires ou subordonnées. Le rang social était associé au niveau de stress des truies, lequel était lui-même lié à certains aspects du comportement et de la physiologie de leurs porcelets. Le mécanisme exact reliant le statut social de la truie aux réponses observées chez les porcelets n’était pas encore établi au moment de l’étude.

Le projet comprenait également une étude des facteurs associés à la mortalité et à la réforme involontaire des truies dans les élevages canadiens. À l'aide d'une enquête et de visites de suivi couvrant 104 troupeaux, ils ont observé une mortalité plus élevée dans les grands troupeaux, soit 3 000 truies et plus, que dans les petits, et en gestation en groupe plutôt qu'en cage. Ils se sont montrés particulièrement préoccupés par le fait que la majorité des pertes en gestation en groupe touchaient de jeunes truies. Au-delà des questions de bien-être animal, la réforme hâtive est un coup dur pour l'entreprise. La plupart des producteurs vous le diront : une truie qui ne dépasse pas trois parités ne rembourse même pas son coût de remplacement.

Sélectionner pour la robustesse

Ces constats sur la mortalité sont déterminants pour l'avenir du secteur. Les problèmes de boiterie et de longévité observés dans les troupeaux renforcent l’importance de bien encadrer le développement des cochettes de renouvellement. Les entreprises de génétique pourraient notamment accorder davantage d’importance aux aplombs, à la solidité des membres et des onglons, ainsi qu’à un tempérament moins porté à l’agressivité. Une meilleure robustesse pourrait également favoriser la longévité des truies et leur capacité à se déplacer et à interagir avec leurs congénères dans les systèmes de logement en groupe.

La réduction de la mortalité des truies exigera une collaboration entre chercheurs et des producteurs. Le projet a notamment fait ressortir la nécessité d’uniformiser la formation du personnel, les pratiques de consignation et les définitions utilisées pour décrire les sorties du troupeau. Qu'est-ce qu'une truie « réformée », « euthanasiée » ou « morte à la ferme »? De son côté, l'équipe du projet compte formuler sous peu des recommandations sur ce que le personnel devrait consigner.

La Dre Yolande Seddon, professeure adjointe au Département des sciences cliniques des grands animaux du Western College of Veterinary Medicine, a contribué à cette étude. Le Dr Nicolas Devillers, chercheur en comportement et bien-être des porcs à Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), a pour sa part conseillé l'équipe sur le mélange dynamique. À noter également, le Dr Brian Sullivan, chef de la direction du Centre canadien pour l'amélioration des porcs (CCAP), a travaillé étroitement avec le groupe sur la mortalité des truies.

Une meilleure compréhension des dynamiques sociales, des stratégies de regroupement et des facteurs de mortalité peut aider les éleveurs à adapter leur régie, à améliorer la longévité des truies et à soutenir leur bien-être et leurs performances de reproduction. Plus les producteurs en apprendront aujourd'hui sur la régie de la gestation en groupe et sur la réduction de la mortalité des truies, mieux ils seront outillés pour l'avenir.

A group of pigs
  • Article tiré du projet de la Grappe Porcine 3 : Optimisation de la productivité et de la gestion des truies : impact des pratiques de regroupement sur les performances reproductives des truies et le développement des porcelets, et identification des facteurs de risque de mortalité chez les truies

  • Responsables du projet : Dre Jennifer Brown (Prairie Swine Centre)

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Une piqûre d'espoir contre deux virus tenaces

Les éleveurs en ont assez des maladies porcines et, vu leur impact sur la production et les performances, on ne peut pas leur en vouloir.

La DEP et le DCVP illustrent bien les lourdes conséquences que peuvent avoir les maladies porcines.

La DEP provoque des vomissements, de la déshydratation, une perte d’appétit et une diarrhée abondante. Dans les troupeaux qui n’ont jamais été exposés au virus, la mortalité peut atteindre près de 100 % chez les porcelets non sevrés. Les effets sont généralement moins graves chez les truies, mais la maladie peut nuire à leurs performances et entraîner des pertes économiques pour les éleveurs.

Le DCVP est également très contagieux. Comme la DEP, il peut causer une diarrhée sévère, de la déshydratation et, dans certains cas, la mort. Il peut toucher les porcs de tous âges. Chez les porcs en finition, les signes cliniques peuvent être difficiles à reconnaître, puisqu’ils sont parfois attribués à un changement de moulée, à une iléite ou à une colite.

Ensemble, ces deux maladies représentent une menace sérieuse pour le secteur. Elles nuisent à la santé et au bien-être des porcs et peuvent entraîner des pertes importantes pour les éleveurs. Pour une ferme moyenne, les pertes associées à la DEP pourraient atteindre 300 000 $ US par année.

La vaccination est l’un des principaux outils permettant de prévenir les maladies virales. La mise au point de vaccins efficaces est donc essentielle pour mieux protéger les porcs. Mettre au point des vaccins efficaces est essentiel pour protéger les porcs contre la maladie. C'est pourquoi Swine Innovation Porc (SIP) finance un projet en ce sens : « Développement d'un vaccin bivalent contre le virus de la diarrhée épidémique porcine (DEP) et le deltacoronavirus porcin (DCVP) ».

L’étude découle d’un appel de propositions lancé par SIP pour répondre aux principaux enjeux du secteur porcin. Les priorités de recherche ont été établies en collaboration avec les organisations porcines provinciales et d’autres intervenants du secteur afin que l’appel de propositions reflète les besoins les plus importants des éleveurs et du secteur.

Le projet vise à mettre au point un vaccin sous-unitaire capable de protéger les porcs contre les deux virus.

Un vaccin sous-unitaire présente au système immunitaire seulement certains composants non infectieux d’un agent pathogène, comme des protéines. Ces composants sont choisis parce qu’ils peuvent déclencher une réponse immunitaire protectrice. Le système immunitaire apprend ainsi à reconnaître la menace sans être exposé au virus entier.

« J’ai toujours eu à cœur de protéger le secteur porcin contre les maladies, alors je demeure constamment à l’affût », explique le Dr Qiang Liu, chercheur principal au Vaccine and Infectious Disease Organization (VIDO) de l'Université de la Saskatchewan. « Chaque mois, je consulte les rapports de surveillance sanitaire d'Ontario Pork, et j'ai remarqué que le nombre de cas augmentait constamment, autant pour la DEP que pour le DCVP. »

Des mesures de biosécurité rigoureuses peuvent réduire la propagation de ces virus, mais elles ne permettent pas d’éliminer entièrement le risque. Des vaccins plus efficaces pourraient donc constituer un outil supplémentaire important pour protéger les troupeaux. À cela s'ajoute le risque de voir apparaître de nouveaux variants, comme l'a démontré la pandémie de SRAS-CoV-2.

Le moment choisi est déterminant pour contenir un virus qui entre dans la porcherie; il l'est tout autant pour le lancement de cette étude, qui tombe à point pour les éleveurs.

« Les options vaccinales contre ces deux maladies sont actuellement très limitées », déclare le Dr Liu. « Celui qui existe contre la DEP n'offre pas une protection complète, et il n'y a aucun vaccin homologué contre le DCVP. Je n’ai également trouvé aucune recherche portant sur un vaccin bivalent contre ces deux virus, ce qui rend ce projet novateur. »

Comme le DCVP est généralement considéré comme moins grave que la DEP, il peut être sous-estimé. Le Dr Liu souligne toutefois que les coinfections et leurs conséquences pourraient être plus importantes qu’on ne le croyait auparavant.

La mise au point du vaccin se déroulera en plusieurs étapes, avec des essais menés successivement chez la souris, le porcelet et la truie.

« Nous commencerons par des essais sur des souris et des porcelets afin de trouver la meilleure formulation vaccinale, avant de passer aux essais sur les truies », explique le Dr Liu. « Après la vaccination des truies, nous évaluerons 12 porcelets nouveau-nés de chaque portée et nous les soumettrons à une épreuve d'infection avec les deux virus. Nous pourrons ainsi évaluer le niveau de protection conféré par le vaccin. »

Afin de favoriser le transfert de la technologie vers le secteur, les chercheurs collaborent avec des fabricants potentiels et leur communiquent les résultats du projet.

La recherche vaccinale comporte de nombreux défis : trouver une formulation qui suscite une forte réponse immunitaire n'est pas une mince tâche. Compte tenu des avantages potentiels, notamment une amélioration du bien-être animal, une réduction du stress pour les éleveurs et les travailleurs en porcherie et une plus grande confiance des consommateurs, le Dr Liu se montre optimiste.

« On l'oublie parfois, mais un vaccin efficace contre la DEP et le DCVP profite aussi à l'environnement », explique-t-il. « En prévenant la maladie, un vaccin efficace pourrait également améliorer l’utilisation de la moulée et de l’énergie et ainsi réduire les émissions de gaz à effet de serre par kilogramme de porc produit. »

Le projet de trois ans ne comprend pas d’essais du vaccin en conditions commerciales, mais ceux-ci demeurent une étape importante en vue d’une éventuelle utilisation à la ferme.

« L’éclosion de DEP de 2013-2014 aux États-Unis a causé la mort de millions de porcs et entraîné des pertes économiques estimées entre 900 millions et 1,8 milliard de dollars américains, explique le Dr Liu. Si nous pouvons contribuer à réduire des pertes de cette ampleur, nous aurons accompli quelque chose d’important. »

Pigs indoor in chute
  • Article tiré du projet : Développement d'un vaccin bivalent contre le DEP et le DCVP, réalisé dans le cadre du programme Avancement de la recherche porcine de SIP.

  • Responsable du projet : Dr Qiang Liu, Vaccine and Infectious Disease Organization (VIDO), Université de la Saskatchewan

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