Santé animale, Alimentation & nutrition
Cela peut sembler hors de notre portée, mais rendre les porcs plus résistants aux maladies tout en réduisant l'utilisation d'antibiotiques est tout à fait réalisable.
Les maladies porcines associées aux bactéries intestinales sont considérées comme les principaux facteurs de risque perturbant la production normale de viande de porc, et cela est particulièrement vrai pour les porcelets sevrés. Les porcelets sevrés connaissent souvent des troubles intestinaux causés par des maladies entériques (infections se produisant dans le système gastro-intestinal), une mauvaise digestion des nutriments ou une pénurie de phosphatase alcaline (PAL), une enzyme présente dans l'intestin qui aide à maintenir le micro-environnement intestinal.
Réaction Viscérale
En réponse à ces problèmes de santé des porcs, une équipe de recherche dirigée par le Dr Ming Fan de l'Université de Guelph a travaillé sur l'amélioration de l'efficacité des PAL. Cela peut sembler complexe, mais l'objectif final était simple : un intestin plus sain, conduisant à des porcs en meilleure santé qui grandiraient plus rapidement sans être affectés par des maladies infectieuses. Cela permettrait également de limiter la demande d'antibiotiques, réduisant ainsi la menace que la résistance aux antimicrobiens dans le secteur porcin pose à la santé publique.
Ces dernières années, les scientifiques ont découvert le rôle crucial des PAL dans le maintien de la santé intestinale, protégeant ainsi à la fois les porcs et les personnes des toxines produites par les microbes pathogènes présents dans l'intestin. Ces toxines déclenchent fréquemment des maladies, et bien que les porcs soient physiologiquement similaires aux humains, il existe une différence clé dans l'efficacité des PAL entre les deux espèces. Dans le corps humain, les PAL fonctionnent comme une voiture de sport parfaitement réglée, faisant leur travail en douceur en recouvrant nos cellules et en les protégeant des envahisseurs. En revanche, chez les porcelets sevrés, leurs propres PAL sont plus semblables à des voitures hors d'usage, se décomposant souvent et échouant à contrer ces intrus.
Optimiser une alimentation saine
Dans le but de "réparer" les PAL porcins, les chercheurs ont cherché à développer des additifs alimentaires. Il s'agirait d'enzymes PAL externes qui ne sont pas naturellement produites par le corps, mais qui pourraient être ajoutées aux régimes alimentaires des porcs pour renforcer leur réponse intestinale. Après de nombreuses études, les scientifiques ont créé une enzyme qui présente un grand potentiel pour améliorer le micro-environnement intestinal des porcs et les aider à résister aux maladies.
Bien sûr, comme pour la plupart des grandes découvertes, il reste une montagne à gravir avant qu'elle ne se traduise par des bénéfices pour l'industrie : les formalités administratives. En raison du fait que l'enzyme est un produit microbien, elle est fortement réglementée. Avant de la rendre disponible pour une utilisation par les producteurs, de nombreuses données sont nécessaires pour garantir que le produit est sûr, efficace et respectueux de l'environnement. Dans le cadre du processus d'enregistrement, le gouvernement fédéral doit également confirmer que ses mécanismes biologiques de fonctionnement sont clairement définis en tant que produit microbien innovant, étant donné que personne d'autre n'a développé et commercialisé un produit similaire par le passé.
De la santé à la prospérité
Une fois que l'équipe obtient l'approbation du gouvernement, la nouvelle enzyme développée pourrait devenir un nouvel outil précieux pour l'industrie. Le produit pourrait favoriser une croissance plus rapide et plus efficace des porcs, tout en évitant le recours aux antibiotiques pour favoriser la santé. Bien que principalement destinée aux porcelets sevrés, étant donné leur vulnérabilité dû à leur jeune âge, cette enzyme pourrait également aider les porcs en période de croissance et les truies de manière similaire.
Bien que les antibiotiques aient été une arme puissante depuis des décennies dans la lutte contre les maladies humaines et animales, le paysage a clairement changé. Aujourd'hui, l'utilisation de ces médicaments est de plus en plus scrutée aux yeux du public et suscite de plus en plus de préoccupations concernant la résistance aux antimicrobiens. Ces circonstances renforcent l'attrait des additifs alimentaires, tels que les enzymes PAL, qui renforcent les défenses immunitaires naturelles tout en développant des traitements qui permettent d’améliorer la santé des personnes, des animaux et de l'environnement.
Du laboratoire à la ferme
Dans ce contexte, une nouvelle arme était nécessaire pour aider les porcs et les producteurs, et la trouver nécessitait un effort d'équipe ultime. Les scientifiques, appuyés par le soutien financier de partenaires industriels tels qu'Ontario Pork, ainsi que par le financement provenant d'organismes de recherche tels que Swine Innovation Porc (SIP) et Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) via la grappe de recherche porcine. En plus des ressources financières, cette solution "fabriquée au Canada" reposait fortement sur la technologie de laboratoire de l'Université de Guelph et l'intelligence des chercheurs, des associés et des étudiants.
Dans le parcours du laboratoire à la ferme, plusieurs étapes restent à franchir. Maintenant que la recherche essentielle et les tests d'efficacité sont terminés, l'équipe doit travailler sur le transfert de technologie vers les universités, les entreprises et les gouvernements. Ce processus aide à garantir que les développements scientifiques et technologiques du projet sont disponibles pour un plus large éventail d'utilisateurs, qui peuvent ensuite contribuer à les développer davantage. Ensuite, il s'agit de la protection de la propriété intellectuelle, de l'approbation gouvernementale et, idéalement, de la commercialisation du produit.
Dans le cadre d'une étude plus approfondie, les scientifiques espèrent explorer les effets sur la fertilité du sol de l'application de fumier de porcs qui consomment cette enzyme. Ils souhaitent également examiner de plus près les avantages possibles de l'enzyme dans l'alimentation des truies.
Article basé sur un projet de la Grappe Porcine 3 : Développement de nouveaux additifs alimentaires destinés à remplacer les antibiotiques et à favoriser la santé intestinale des porcs
Responsable du projet : Dr Ming Fan (Université de Guelph)