Santé animale, Alimentation et nutrition
Maximiser les performances des porcs est une affaire sérieuse pour les producteurs.
Tout comme une saine alimentation garde les gens en forme, la juste quantité de vitamines et de minéraux dans la moulée peut faire la différence entre le profit et la perte dans le secteur porcin. C'est dans cette optique que des chercheurs se sont penchés sur des stratégies en oligo-éléments visant à maximiser la robustesse et les performances des porcelets avant et après le sevrage.
La science sait depuis des années que les porcelets sont sujets à la carence en fer. Ils naissent avec des réserves raisonnables, mais celles-ci peuvent commencer à s'épuiser dès le 3e jour, et les porcelets deviendront anémiques au sevrage s'ils ne reçoivent pas de supplément de fer. Qu'en est-il des autres oligo-éléments et des vitamines?
Le cuivre intrigue
Le cuivre est un minéral essentiel chez le porc, puisqu'il améliore les performances de croissance et l'indice de consommation, surtout chez les jeunes animaux. Alors que le National Research Council recommande de 6 à 10 ppm (parties par million) dans la ration des porcs en post-sevrage, la norme de l'industrie au Canada se situe en moyenne à 130 ppm. À partir de prélèvements sanguins réalisés dans une étude antérieure, les chercheurs ont constaté que les concentrations de cuivre chutaient en période de post-sevrage jusqu'aux valeurs très faibles qu'on observe habituellement à la naissance, et ce, même chez des animaux ayant reçu de grandes quantités de cuivre. Même en recevant jusqu'à 20 fois la quantité recommandée, les porcs présentaient tout de même une carence en cuivre trois semaines après le sevrage.
Ces résultats ont soulevé une question hautement scientifique : « Que s'est-il donc passé? »
Parlons zinc
À la recherche d'une réponse, les scientifiques ont ajouté le zinc à l'équation, encore utilisé à fortes doses au Canada pour prévenir la diarrhée chez le porc. En testant différents niveaux de supplémentation en sulfate de cuivre et en oxyde de zinc, ils ont découvert que de fortes quantités de zinc (3 000 ppm) stimulaient une enzyme qui retenait le cuivre dans les tissus intestinaux. En empêchant le cuivre d'atteindre sa destination, soit le foie et le sérum (la partie liquide du sang), cette enzyme provoquait la carence en cuivre chez le porc.
Régler la question du fer
Le fer est un autre minéral crucial pour le porc, essentiel à une santé et à une croissance optimales. Malgré la supplémentation en fer durant la première semaine de vie, des travaux récents montrent que les porcelets peuvent présenter une carence en fer au sevrage. Les rations de post-sevrage sont pourtant riches en fer, mais là encore, des teneurs élevées en oxyde de zinc posent problème en nuisant à la constitution des réserves de fer dans le foie.
Du risque au bénéfice
En explorant les effets de différents niveaux de minéraux chez le porcelet, les chercheurs commencent à cerner le programme de supplémentation idéal pour favoriser la croissance et les performances. La démarche est essentielle au vu de l'évolution du secteur. En 2021, l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a consulté le secteur porcin pour mieux comprendre les effets du zinc et du cuivre et proposer de nouveaux niveaux de supplémentation. L'ACIA s'inquiète particulièrement du fait que de fortes teneurs en zinc peuvent nuire à l'environnement une fois excrétées dans le lisier et épandues aux champs. Il peut en résulter une forte concentration de zinc dans le sol, qui persistera jusqu'à 50 ans avant de se disperser complètement, empêchant les cultures de bien pousser dans ce champ. Le zinc peut aussi poser un problème de santé publique, puisqu'il stimule l'expression de certains gènes bactériens qui rendent les bactéries plus résistantes aux antibiotiques.
En 2022, l'Union européenne a interdit les fortes teneurs en zinc chez le porc, et le Canada semble s'engager dans la même voie. L'ACIA recommande maintenant d'abaisser les limites de zinc de 3 000 ppm à 300 ppm. Une fois ce changement rendu obligatoire, les producteurs auront perdu deux de leurs meilleures armes pour préserver la santé de leurs porcs : les antibiotiques et l'oxyde de zinc. Alors que les producteurs tentent de s'adapter à la nouvelle réglementation, des études comme celle-ci sont déterminantes pour bien doser des minéraux comme le zinc et le cuivre. D'un point de vue scientifique, si on ignore ce qui arrive au porc lorsqu'il reçoit des teneurs élevées ou faibles en minéraux, comment ajuster correctement la ration aux nouvelles normes sans compromettre la santé et la croissance des porcelets?
Une question d'équilibre
En raison des interactions négatives entre le zinc et le cuivre, un faible rapport zinc-cuivre dans la ration pourrait améliorer l'absorption et l'utilisation des deux minéraux. L'étude a toutefois aussi montré que de faibles teneurs en cuivre (6 ppm) et en zinc (100 ppm) ne semblent pas combler les besoins des porcelets en ces minéraux durant les premières semaines suivant le sevrage. Ce constat montre qu'il faut mieux comprendre la nutrition en zinc et en cuivre chez le porcelet en post-sevrage.
Au bout du compte, une approche équilibrée et globale, qui tient compte de la santé, de la nutrition, des performances et de l'environnement, permettra aux animaux d'exprimer leur plein potentiel tout en protégeant les humains et la planète.
Financée par Swine Innovation Porc, cette étude s'est appuyée sur l'expertise de plusieurs organisations : DSM Animal Nutrition & Health, Lallemand Animal Nutrition, Agri-Marché et le Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD).
Comme toujours, plusieurs scientifiques ont mis leurs connaissances au service du projet : le Dr Jérôme Lapointe, la Dre Guylaine Talbot, le Dr Danyel Bueno Dalto, le Dr Jacques Matte (chercheur, retraité) et le Dr Martin Lessard (chercheur, retraité), tous d'AAC à Sherbrooke, au Québec; le Dr Frédéric Guay, professeur à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation, Département des sciences animales, de l'Université Laval; et Yan Martel-Kennes, du CRSAD.
Pour la suite, les chercheurs approfondiront l'étude de l'interaction entre les sources de zinc et de cuivre, organiques comme inorganiques, et examineront les effets des combinaisons, par exemple zinc inorganique et cuivre organique, et l'inverse. Ils testeront aussi différents moments de supplémentation ainsi que divers modes d'administration, comme l'eau d'abreuvement, pour voir si cela augmente l'absorption et réduit les interactions négatives entre les minéraux.
Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Stratégies novatrices en matière de micronutriments pour maximiser la robustesse et les performances des porcelets pendant les périodes de pré-sevrage et de post-sevrage
Responsables du projet : Dr Jérôme Lapointe (AAC Sherbrooke); Dr Danyel Dalto (AAC Sherbrooke)