Alimentation et nutrition
Pour le secteur porcin, réduire les coûts de moulée sans compromettre la santé ni les performances des porcelets est un proposition gagnante.
Ce défi est particulièrement important après le sevrage, une période critique pour la santé et le développement des porcelets. En consultation avec le secteur, les chercheurs ont relevé plusieurs défis touchant les porcelets sevrés, notamment la réduction du recours aux antibiotiques et la possibilité de remplacer certaines protéines d’origine animale dans les rations. Les chercheurs ont donc évalué des stratégies alimentaires visant à réduire les coûts, à diminuer le recours aux antibiotiques dans la moulée et à améliorer la robustesse des porcelets sevrés.
Place à la croissance
Pour y arriver, l'accent a d'abord porté sur les acides aminés et sur leur capacité à soutenir la santé et la croissance des porcelets après le sevrage sans faire augmenter indûment les coûts de moulée. Cela pourrait du même coup réduire la dépendance du secteur aux antibiotiques, en utilisant l’alimentation pour soutenir la fonction immunitaire, la résistance aux maladies et la croissance. La réduction du recours aux antibiotiques est une priorité pour le secteur porcin, les chercheurs et la société dans son ensemble.
Les chercheurs ont également évalué des approches chimiques et biologiques visant à neutraliser le déoxynivalénol, ou DON, mieux connu sous le nom de vomitoxine. Cette mycotoxine peut contaminer des céréales comme le blé, l’orge, l’avoine, le seigle et le maïs. Ces approches pourraient réduire les effets du DON sur la consommation de moulée, la santé et la croissance des porcs.
Au cours de l'étude, l'équipe a aussi cherché à déterminer quelle proportion de légumineuses à grains pouvait être incorporée aux rations, afin de réduire les coûts d'alimentation et d'améliorer la santé intestinale.
Porcs, plantes et profits
Les rations traditionnelles offertes après le sevrage contiennent souvent des sources de protéines animales, comme le lactosérum et la farine de poisson, considérées comme la meilleure option pour atténuer le stress du sevrage. Ces rations sont composées d’ingrédients hautement digestibles, mais elles peuvent être coûteuses pour les éleveurs. Certaines études donnent toutefois à penser que, comparées aux options végétales, elles n’entraînent pas nécessairement de meilleures performances globales entre la pouponnière et l’atteinte du poids de marché.
En parallèle, certaines données indiquent que les rations principalement composées d’ingrédients végétaux pourraient toutefois réduire la résilstence des porcelets à certaines maladies comparativement aux rations contenant des protéines animales. Ce constat en demi-teinte montre bien qu'il faut poursuivre la recherche sur les avantages et les limites des différentes rations.
Le rôle des acides aminés fonctionnels
Dans cette étude, les chercheurs ont pallié l'inconvénient des rations végétales en y ajoutant un mélange d'acides aminés fonctionnels à 120 % des recommandations du NRC. En plus de contribuer à la synthèse des protéines, certains acides aminés participent à des fonctions métaboliques et immunitaires importantes pour la santé et le développement des porcs. Des études antérieures ont montré que cette approche pouvait soutenir la croissance et la réponse immunitaire de porcs exposés à un défi infectieux par Salmonella.
À vous de choisir
Les résultats peuvent aider les éleveurs et les nutritionnistes à choisir une stratégie adaptée à leur situation. Dans certains élevages,une ration contenant des protéines animales peut être préférable lorsque la santé et la résistance aux maladies sont prioritaires. Dans d'autres cas, une ration principalement composée d’ingrédients végétaux pourrait contribuer à réduire les coûts de moulée. Pour ceux qui optent pour cette seconde voie, ajouter à la ration les acides aminés fonctionnels que sont la méthionine, la thréonine et le tryptophane, à des concentrations supérieures à celles couramment utilisées dans le secteur, peut aider à contrer l'effet négatif des stratégies végétales sur la résilience contre les maladies. Ces acides aminés protègent d'autant mieux la santé du porc qu'ils sont administrés longtemps avant un défi infectieux.
Au total, l’étude a porté sur plusieurs stratégies complémentaires, grâce à la collaboration du secteur, des gouvernements et du milieu universitaire. Swine Innovation Porc (SIP), le gouvernement de la Saskatchewan et le gouvernement du Canada, dans le cadre du Partenariat canadien pour l'agriculture, ont participé au financement de l'étude. La recherche a été menée par les codirecteurs, le Dr Daniel Columbus, chercheur au Prairie Swine Centre et professeur auxiliaire à l'Université de la Saskatchewan, et le Dr Martin Nyachoti, professeur au Département des sciences animales de l'Université du Manitoba.
Comme bien des victoires dans la vie tiennent aux bons gestes posés au bon moment, les scientifiques estiment qu'il en va de même de la réussite en production porcine. Les décisions prises après le sevrage peuvent avoir des effets durables sur la santé et les performances des porcs. En adaptant les sources de protéines et les concentrations de certains acides aminés aux besoins de leur élevage, les éleveurs pourraient réduire leurs coûts de moulée et leur recours aux antibiotiques sans compromettre les performances des animaux.
Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Stratégies innovantes pour réduire les coûts d'alimentation après le sevrage tout en préservant des performances et un état de santé optimaux
Responsables du projet : Dr Daniel Columbus (Prairie Swine Centre), Dr Martin Nyachoti (Université du Manitoba)