Économie, Alimentation et nutrition, Bien-être animal
Pour les porcelets, entrer dans la pouponnière, c'est comme la première journée d'école : un chaos contrôlé.
Pour prospérer dans cet environnement, ils doivent maximiser leur consommation de lait pendant la lactation. Cependant, à mesure que les portées deviennent plus grosses, les truies manquent de lait pour nourrir suffisamment chaque porcelet. Heureusement pour les producteurs, le projet parrainé par SIP « Développer une stratégie d'alimentation pour la période de transition afin de maximiser la production de lait des truies » obtient des résultats.
Alors que des études précédentes avaient stimulé le développement mammaire en ajoutant de la lysine – un acide aminé essentiel qui favorise la croissance et la santé – à l'alimentation des truies en fin de gestation, il faut davantage de lait pour subvenir aux besoins des portées de plus en plus nombreuses. En combinant deux traitements différents, les chercheurs participant à ce projet ont visé à améliorer encore davantage la production laitière et la croissance des porcelets.
« Dans le passé, nous avons découvert qu'un traitement – l'ajout de lysine à l'alimentation – augmentait le développement mammaire en fin de gestation, et qu'un deuxième traitement – l'augmentation des concentrations de prolactine dans le sang – stimulait la production de lait pendant la lactation », explique la Dre Chantal Farmer, chercheuse scientifique à Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) au Centre de recherche et développement de Sherbrooke.
La prolactine est une hormone essentielle au développement mammaire et à l'augmentation de la production laitière chez les truies. Elle est également indispensable au déclenchement et au maintien de la lactation.
« Dans le cadre de ce projet, nous avons combiné les deux traitements afin de déterminer si l'effet serait plus important que la simple amélioration du développement mammaire pendant la gestation. »
Dans la recherche, comme dans la vie, les choses ne se passent pas toujours comme prévu.
« Étonnamment, ajouter uniquement la lysine à l’alimentation des truies n’a pas accru la production de lait; l’administration de prolactine non plus. Par conséquent, l'étude n'a pas pu déterminer s'il existe une synergie entre l'apport supplémentaire en lysine en fin de gestation et l'augmentation des concentrations de prolactine pendant la lactation pour augmenter la production de lait des truies. »
Néanmoins, les raisons qui expliquent ces résultats sont précieuses pour orienter les études futures.
« L'absence d'effet de la lysine alimentaire en fin de gestation sur la production laitière pourrait s'expliquer par une portée insuffisante (12 porcelets), où la demande d'allaitement n'était pas assez importante pour maximiser la production laitière. Par conséquent, les truies n'ont peut-être pas montré tout leur potentiel. »
La présence de prolactine aurait dû, toute seule, augmenter la production de lait, mais cela n'a malheureusement pas été le cas dans cette étude. Lorsque la Dre Farmer a comparé les résultats à ceux de son projet précédent, dans lequel la prolactine avait stimulé la production de lait, elle a constaté deux différences majeures : le projet précédent n'utilisait que des animaux multipares (ayant donné naissance à plusieurs portées), qui bénéficient davantage de la prolactine, au lieu de truies primipares (n'ayant donné naissance qu'une seule fois), comme dans l'étude actuelle.
« De plus, dans le projet précédent, l'ingestion alimentaire des truies traitées a augmenté de 7 à 9 %. Dans notre étude, aucune augmentation de ce type n'a été observée. »
Compte tenu de ces distinctions, la Dre Farmer prévoit d'ajuster son approche dans ses prochaines études. Elle prévoit notamment d'utiliser des traitements où tous les animaux sont du même type (multipares ou primipares) et de veiller à ce que l'ingestion alimentaire pendant la lactation ne soit pas limitée.
Au cours des deux prochaines années de ce projet, les chercheurs examineront l'effet de combiner deux traitements en fin de gestation sur le développement mammaire. Un apport supplémentaire en lysine dans l'alimentation sera combiné à des concentrations accrues de facteur de croissance 1 analogue à l'insuline (IGF-1). Ce dernier est un facteur de croissance produit par le foie qui favorise la croissance des os et des muscles et qui s'est également révélé stimulant pour le développement mammaire chez les cochettes.
« Nous voulons déterminer s'il existe un seuil maximal pour la croissance du tissu mammaire, au-delà duquel il est tout simplement impossible de continuer à stimuler cette croissance. D'ici au printemps 2026, j'aurai la réponse pour les cochettes en fin de gestation. »
Dans une autre partie de l'étude, l'équipe comparera l'impact de l'ajout de lysine en fin de gestation avec l'utilisation d'un additif alimentaire appelé NuPro®, une source concentrée et naturelle de nutriments hautement digestibles et fonctionnels. Riche en nucléotides (molécules organiques qui servent d'éléments constitutifs aux acides nucléiques comme l'ADN), NuPro® a démontré sa capacité à améliorer la croissance et la performance à vie de divers animaux d'élevage, y compris les porcs.
À mesure qu'ils avancent, les chercheurs gardent les yeux rivés sur la récompense pour l'industrie.
« Nous avons constaté dans d'autres études qu'une augmentation de la lysine à la fin de la gestation stimule la production de lait chez les truies primipares, ce qui représente un avantage majeur pour les producteurs. Allant de l'avant, nous devons encore déterminer si l'ajout d'un autre traitement peut être avantageux. Dans quelques mois, une fois que nous aurons compilé de nouvelles données sur le développement mammaire en fin de gestation, nous devrions disposer d'informations précieuses. »
Article basé sur le projet Swine Cluster 4 : Ce projet vise à élaborer et à évaluer des stratégies alimentaires ciblées pendant la période de transition autour de la mise bas afin de stimuler le développement mammaire et la production laitière des truies, améliorant ainsi la croissance des porcelets et la productivité globale.
Responsables du projet : Chantal Farmer, Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC)