Santé animale, Production et gestion
Le secteur porcin regorge d'acronymes : GMQ (gain moyen quotidien), IC (indice de consommation) et, bien sûr, AVV (apportez votre vin).
Celui dont les producteurs se passeraient volontiers, c'est la DEP. La diarrhée épidémique porcine, qui provoque des vomissements, de la diarrhée et souvent la mort, a fait des ravages chez les porcs partout dans le monde, et la science s'emploie à la combattre sur plusieurs fronts. Tout récemment, des chercheurs se sont attaqués à un mode de transmission courant, les remorques, dans le but d'améliorer les méthodes de nettoyage et de renforcer la biosécurité dans le secteur canadien du transport des porcs.
Ce qui avait commencé comme un effort pour économiser du temps et de l'argent au lavage des remorques a pris une tout autre importance au début de 2014. C'est à ce moment que le ministre fédéral de l'Agriculture a livré à l'industrie une nouvelle glaçante : « La DEP est maintenant au Canada. » La maladie, qui avait d'abord frappé l'Amérique du Nord par les États-Unis, où elle a coûté des milliards de dollars au secteur porcin, était arrivée chez nous, et les producteurs étaient en état de panique.
Des partenaires contre la DEP
Pour savoir comment procéder, le gouvernement fédéral et les producteurs de porcs ont demandé à l'Université de la Saskatchewan de piloter les travaux visant à enrayer la transmission de la DEP et des autres maladies liées au transport des animaux. Les chercheurs ont consulté un comité consultatif sur la DEP composé de membres de partout au pays : entreprises de transport, organisations provinciales de producteurs de porcs, abattoirs, producteurs et vétérinaires porcins.
Ensemble, les parties ont défini les priorités en matière de prévention, à commencer par la façon de nettoyer les remorques assez à fond pour qu'il ne reste aucune trace du virus à bord. En collaboration avec le Prairie Agricultural Machinery Institute (PAMI) de Humboldt, en Saskatchewan, les scientifiques ont mis au point un système de lavage à haute pression et d'aspiration capable d'atteindre chaque recoin d'une remorque et de déloger les amas de fumier ou toute autre matière susceptible d'abriter le virus.
Le système de lavage était un bon départ. L'étape suivante consistait à mettre au point un système télécommandé permettant de nettoyer les camions au complet sans qu'un travailleur ait à pénétrer dans la remorque. L'équipe a essayé différentes technologies, dont un petit véhicule robotisé utilisé par l'armée pour récupérer des colis explosifs et les faire détoner en toute sécurité. Le projet s'est finalement associé à Truck Wash Technologies Inc., de Sault Ste. Marie, en Ontario, pour adapter son système de lavage à portique aux besoins du secteur. Ce système se déplace sur toute la longueur du véhicule en plusieurs passages et nettoie simultanément l'extérieur et l'intérieur des remorques de transport porcin.
La chaleur monte
Les chercheurs devaient aussi déterminer à quelle température chauffer les remorques pour neutraliser toute trace d'agent pathogène ayant survécu au lavage. En collaboration avec VIDO-InterVac, à Saskatoon, l'équipe a conclu qu'un chauffage à 75 °C pendant 20 minutes suffisait à neutraliser le virus.
Des capteurs à toute épreuve
Le défi du traitement thermique, c'est que certaines zones d'une remorque à porcs, derrière les portes et les parois par exemple, se réchauffent plus difficilement. L'équipe a donc cherché des capteurs à installer dans ces points sensibles pour surveiller les températures. Elle a trouvé une entreprise spécialisée en capteurs, mais un petit détail avait été négligé : les porcs mangent les capteurs.
Sans se décourager, les ingénieurs de l'Université de la Saskatchewan ont travaillé avec l'entreprise de capteurs, Transport Genie, de Burlington, en Ontario, pour développer des capteurs et les isoler adéquatement contre les groins curieux. Les nouveaux capteurs assurent la traçabilité GPS des remorques, mesurent en continu les conditions ambiantes pendant le transport et confirment que les points sensibles atteignent la température requise et la maintiennent pendant la durée prévue.
Des risques toujours bien présents
La panique des premiers jours de la DEP au Canada s'est estompée, mais cette maladie et d'autres continuent de menacer le secteur porcin. Grâce à ce projet, le risque de transmettre des agents pathogènes pendant le transport a été considérablement réduit, ce qui évite aux producteurs des millions de dollars de pertes annuelles liées à la maladie et à la mortalité. Les conclusions de l'étude ont relevé la barre en matière de biosécurité, et le chauffage des remorques à 75 °C pendant 20 minutes est maintenant la norme dans l'industrie.
À partir de ce projet, le Prairie Swine Centre a élaboré des lignes directrices pour aider les concepteurs à intégrer le bien-être animal et la biosécurité à la conception des nouvelles remorques.
Autre retombée : les scientifiques collaborent avec des entreprises de transport pour installer leurs capteurs, non seulement à des fins de biosécurité, mais aussi pour alerter les chauffeurs lorsque la température et le taux d'humidité peuvent compromettre la santé et le bien-être des porcs transportés. En plus d'améliorer le bien-être animal, cette avancée aidera autant les transporteurs que les abattoirs, chacun étant responsable des porcs qui se trouvent sous sa garde.
Dirigée par le responsable du projet, le Dr Terry Fonstad, vice-recteur associé à la recherche (éthique et infrastructure) à l'Université de la Saskatchewan, cette étude a bénéficié d'un financement de Swine Innovation Porc (SIP) et de l'expertise de plusieurs partenaires : le Prairie Swine Centre, PAMI, Truck Wash Technologies Inc., Transport Genie Ltd, le comité consultatif sur la DEP et VIDO-InterVac.
Garder une longueur d’avance sur les maladies
Comme le monde l'a appris à la dure avec la COVID-19, il faut toujours garder une longueur d'avance sur l'ennemi. Dans cet esprit, les chercheurs se penchent sur ce qui arrive lorsqu'une trace de virus survit au lavage et au chauffage et s'installe dans un biofilm pour se protéger. Un biofilm est une couche épaisse de microorganismes qui adhèrent à une surface.
Vu l'attention suscitée par leurs résultats, les chercheurs reçoivent maintenant des appels de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) au sujet d'autres maladies préoccupantes, comme la peste porcine africaine (PPA), et des moyens de s'en prémunir.
Article tiré du projet de la grappe porcine 3 : Amélioration de la biosécurité dans l'industrie canadienne du transport des porcs
Responsables du projet : Dr Terry Fonstad (Université de la Saskatchewan)