Bien-être animal
Le transport a des effets bien réels sur la santé et le bien-être des porcs.
Le transport routier éprouve les animaux, ce qui peut nuire à leur bien-être et à leurs performances, et entraîner des mortalités qui font aussi mal au portefeuille. Le « pourquoi » du transport des porcs va de soi, mais le « comment » et le « quand » peuvent faire la différence entre un trajet sans histoire et un parcours difficile, autant pour les porcs que pour les producteurs.
Le transport des porcs en finition a fait l'objet de nombreux travaux, mais on en sait moins sur les porcelets sevrés. Même si la pandémie a compliqué l'étude de ces derniers, les scientifiques ont persévéré et recueilli des données sur des milliers de chargements de porcelets partout au pays. En analysant ces données, ils ont répondu à un objectif central de leur étude : cerner les facteurs qui influencent la mortalité pendant le transport, dans l'Est comme dans l'Ouest canadien.
Des remorques à surveiller
L'étude a révélé que les trajets effectués avec des remorques surbaissées, dites potbelly, affichaient une mortalité moyenne plus élevée que ceux réalisés avec d'autres types de remorques. La météo joue aussi : dans l'Ouest canadien, la mortalité la plus forte survient en hiver, tandis que dans l'Est, c'est l'été qui est la pire saison. Les pertes plus élevées par temps extrême n'ont évidemment pas surpris les chercheurs. Ils ont toutefois noté que les porcelets sevrés sont plus sensibles au froid que les porcs en finition, qui souffrent davantage de la chaleur que du froid pendant le transport. Ce dernier point met en lumière les besoins différents des porcs selon leur stade de vie durant le trajet.
Le fil conducteur du projet était de trouver où élaborer des stratégies pour réduire le risque de mortalité chez les porcelets pendant leur transport. Par exemple, dans une étude comparant les trajets de longue et de courte durée, les porcs expédiés sur de plus longues distances avaient été sevrés à l'avance et connaissaient mieux les mangeoires, ce qui a facilité la transition à leur arrivée en pouponnière. À l'inverse, les porcs transportés sur de courtes distances avaient été sevrés juste avant le chargement, d'où de l'agressivité au mélange et une réaction de stress plus aiguë à destination. Cela donne à penser que sevrer à la ferme avant le transport pourrait réduire les mortalités, même s'il faudra pousser la recherche plus loin, vu les défis logistiques que ce changement pose aux producteurs.
Une question de litière
En recherche, trouver des réponses commence souvent par poser les bonnes questions, et ce projet en a soulevé quelques-unes. Devant la mortalité plus élevée des porcelets l'hiver dans l'Ouest canadien, la litière est-elle adéquate? Faut-il envisager d'autres types de litière? Comment les différents types de remorques, et les différents compartiments d'une même remorque, agissent-ils précisément sur les porcs? Dans l'Est, comment l'humidité combinée aux températures élevées interagit-elle avec l'espace alloué, et quelle est l'importance de la ventilation forcée dans ces conditions? Dans le cadre de l'étude, les scientifiques ont commencé à suivre un plus grand nombre de chargements au Canada à l'aide d'une technologie qui mesure notamment la température et l'humidité à l'intérieur du camion, dans l'espoir d'obtenir des réponses.
La recherche prend de la hauteur
À partir de remorques hydrauliques à quatre planchers, couramment utilisées pour transporter de grands nombres de porcelets, les chercheurs commencent à examiner de plus près la température et l'espace alloué dans chaque compartiment. Forts de ces connaissances, ils comptent travailler avec les fabricants de remorques à mettre au point des systèmes de contrôle capables de maintenir des températures idéales dans tout le camion.
L'équipe insiste également sur l'importance d'une bonne formation pour les chauffeurs affectés au transport de porcs. La plupart connaissent très bien leur métier, mais le roulement de personnel dans le secteur fait que d'autres peuvent ignorer certaines pratiques essentielles. Faute de technologie de pointe, les chauffeurs devraient évaluer la température en s'arrêtant périodiquement pour glisser la main dans les compartiments. Comme la température monte vite lorsqu'une remorque est immobile avec un plein chargement de porcs, ce qui réduit la circulation d'air, le chargement doit se faire le plus rapidement possible. De même, les chauffeurs devraient partir dès que le camion est chargé, surtout par temps chaud.
Ô Canada!
Une initiative pancanadienne peut représenter une tâche imposante, et l'alliance du milieu universitaire et de l'industrie a donc été déterminante. La Dre Yolande Seddon, professeure adjointe au Département des sciences cliniques des grands animaux du Western College of Veterinary Medicine, a joué un rôle central dans le projet, tout comme le Dr Terry O'Sullivan et la Dre Renee Bergeron, tous deux professeurs agrégés à l'Université de Guelph. Ils ont été appuyés par Hannah Golightly, étudiante au doctorat, qui a présenté une affiche sur le projet au Porc Show en 2022.
Du côté de l'industrie, Marie-Josée Turgeon, coordonnatrice qualité et bien-être animal en production porcine chez Olymel s.e.c., et le Dr Egan Brockhoff, président et vétérinaire praticien chez Prairie Swine Health Services, ont pris part aux travaux.
Peu importe leur provenance, tous partageaient la même vision : mieux comprendre le sevrage et le transport des porcelets, ainsi que les conditions dont ils ont besoin en cours de route, permettra de réduire les mortalités et d'améliorer les performances de ces animaux à leur arrivée en pouponnière.
Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Effets du transport à longue distance sur la santé et le bien-être des porcelets sevrés précocement
Responsable du projet : Dre Jennifer Brown (Prairie Swine Centre)