Santé animale, Alimentation et nutrition, Environnement et développement durable
Si vous voulez gâcher l'ambiance d'une fête, parlez de diarrhée.
Bien que ce sujet soit rarement abordé en dehors du milieu agricole, ce problème constitue une préoccupation majeure pour les éleveurs, ce qui pousse la science à rechercher des solutions.
Compte tenu des enjeux, il est impératif de mettre au point une stratégie alternative et respectueuse de l'environnement pour lutter contre la diarrhée post-sevrage et améliorer la santé générale des porcs. La diarrhée post-sevrage est causée par un groupe de souches d’E. coli produisant des toxines spécifiques, et elle est aujourd’hui très répandue dans l’élevage porcin. En plus d’être source de stress pour les animaux, elle l’est également pour leurs éleveurs, car elle nuit aux performances de croissance et augmente la mortalité dans les porcheries.
Dans de nombreux cas, les exploitations agricoles ont recours aux antibiotiques pour traiter la diarrhée post-sevrage. Compte tenu de la recrudescence des bactéries résistantes aux antibiotiques associées à l’élevage, la pression s’intensifie pour supprimer progressivement ces médicaments, certains pays ayant déjà interdit leur utilisation dans l’alimentation animale à des fins de stimulation de la croissance. Sous le slogan « le remède est pire que la maladie », des métaux lourds tels que l’oxyde de zinc (ZnO) se sont révélés efficaces pour lutter contre la diarrhée post-sevrage, mais font l’objet d’une attention particulière en raison de leurs effets néfastes sur la santé animale et l’environnement. Ces métaux peuvent s’accumuler dans des organes vitaux tels que le pancréas et le foie, et peuvent également nuire à l’environnement en contaminant les sols et l’eau.
Probiotiques : Que des avantages, aucun inconvénient
Maintenant que nous savons ce qui ne fonctionne pas, une seule question subsiste : qu’est-ce qui fonctionne ? D’après des études récentes, l’ajout de bactéries probiotiques (micro-organismes vivants censés avoir des effets bénéfiques sur la santé lorsqu’ils sont consommés) à l’alimentation présente plusieurs avantages pour les porcelets pendant le sevrage : une meilleure digestibilité des nutriments, une réduction des niveaux d’agents pathogènes, un renforcement de l’immunité intestinale et une amélioration des performances de croissance globales.
Autre avantage : l'ajout de probiotiques spécifiques dans l'alimentation des porcs pourrait contribuer à réduire le nombre de bactéries résistantes aux antibiotiques présentes dans l'intestin. L'un de ces probiotiques, le lactobacille, a fait l'objet de nombreuses études à cette fin et est désormais utilisé dans des applications commerciales.
À chaque tâche sa spore
Une autre option prometteuse dans la lutte contre la diarrhée post-sevrage est Bacillus subtilis, une espèce particulière du genre Bacillus. Les bacilles sont des bactéries en forme de bâtonnet capables de former des spores et de survivre dans des conditions difficiles. Ces bactéries sont très répandues : on les trouve dans le sol, l’eau, la poussière et l’air, et elles peuvent se développer à diverses températures. De plus, leur capacité à former des spores à des températures élevées et à résister à des milieux à faible pH fait de Bacillus subtilis une bactérie robuste qui pourrait être utilisée pour mettre au point un supplément probiotique destiné à l’alimentation animale. Dans le cadre d’études récentes, l’ajout d’un probiotique à base de Bacillus subtilis à l’alimentation des porcs a réduit la fréquence et la gravité de la diarrhée et amélioré les performances de croissance des porcelets sevrés en renforçant leur immunité.
Même si des termes tels que Lactobacillus et Bacillus subtilis peuvent sembler rébarbatifs, les avantages de cette étude devraient être une véritable révélation pour les éleveurs. Outre le fait de lutter contre la diarrhée post-sevrage causée par E. coli, l’ajout de probiotiques à base de Bacillus dans l’alimentation des porcelets en pouponnière pourrait réduire l’incidence de la diarrhée d’origine alimentaire et contribuer à maintenir, voire à améliorer, les performances de croissance. Ce résultat est important, car la diarrhée post-sevrage peut également être provoquée par des régimes alimentaires économiques, principalement à base de végétaux (maïs et tourteau de soja).
Comme le coût de l’alimentation représente un lourd fardeau pour l'industrie, il est souvent nécessaire de recourir à des régimes alimentaires moins coûteux. Toutefois, ceux-ci ont également été associés à une fréquence accrue de diarrhée et à une diminution de l’intégrité intestinale, c’est-à-dire de la capacité de l’intestin à préserver sa structure et ses fonctions.
Il faut tout un village
La recherche de qualité constitue un investissement dans l’avenir. Les chercheurs ayant participé à cette étude tiennent donc à remercier Swine Innovation Porc (SIP), le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO) et CBS Bio Platforms Canada pour leur soutien financier.
Plusieurs chercheurs du Département des biosciences animales de l’Université de Guelph ont uni leurs forces dans le cadre de ce projet : la Dre Julang Li, professeure; Sudhanshu Sudan, alors doctorant et aujourd’hui chercheur scientifique à l’Université de Guelph; la Dre Lee-Anne Huber, professeure adjointe; le Dr Robert Friendship, professeur au Collège vétérinaire de l’Ontario; le Dr Elijah Kiarie, professeur; Xiaoshu Zhan, doctorant; Lauren Fletcher, doctorante; et Serena Dingle, M. Sc.
Ont également joué un rôle essentiel dans ce projet : Rob Patterson, vice-président, Innovation et ,commercialisation, chez CBS Bio-Platforms, ainsi que le personnel de la porcherie Arkell, qui a assuré les soins aux animaux et aidé au prélèvement des échantillons, les associés en recherche Cuilan Zhu et Douglas Wey, et les étudiants de premier cycle en stage de recherche. Le traitement des échantillons de métabolites et l’extraction des données ont été réalisés par Robert Flick, gestionnaire des services de spectrométrie de masse et de métabolomique à BioZone, à l’Université de Toronto.
D’après les résultats obtenus jusqu’à maintenant, une supplémentation à faible dose peut améliorer considérablement les performances de croissance dans un contexte de recherche. Il faudra maintenant mener des études de plus grande envergure, tant dans des conditions similaires que dans des élevages commerciaux, afin de confirmer ces résultats.
Même s'il reste encore du travail à accomplir, cette étude vient enrichir un corpus de recherches encore limité sur l'utilisation des probiotiques comme alternative à l'oxyde de zinc (ZnO) et aux antibiotiques dans la prévention de la diarrhée post-sevrage. Les résultats suggèrent également que l'administration aux porcelets d'un nouveau probiotique à base de bacilles pourrait améliorer l'efficacité alimentaire et les performances de croissance, offrant ainsi une stratégie d'alimentation économique au bénéfice des éleveurs du monde entier.
Comme sujet de conversation au souper, c’est tout de même mieux que la diarrhée.
Article issu du projet de la grappe porcine 3 : Réduction du coût de l'alimentation et de l'empreinte environnementale et amélioration de la compétitivité mondiale de la production porcine canadienne
Responsables du projet : Dre Julang Li (Université de Guelph)