Santé animale
Pour le non-initié, l'idée d'une « bonne bactérie » ressemble à celle d'un gentil monstre : à première vue, ça semble contre-intuitif, voire contradictoire.
En réalité, le corps du porc comme celui de l'humain contient plus de bonnes bactéries que de mauvaises, surtout dans l'intestin. Comme les bonnes bactéries, aussi appelées probiotiques, jouent un rôle déterminant pour garder les porcs en santé et les producteurs à flot, des chercheurs ont mené une étude pour mieux comprendre les deux types de bactéries.
Les probiotiques procurent plusieurs bienfaits au porc : meilleure digestion, protection contre les agents pathogènes, production d'éléments nutritifs et d'anticorps. Ces avantages comptent particulièrement chez les porcelets en péri-sevrage et en post-sevrage, souvent exposés à des maladies comme celles causées par E. coli et par le rotavirus, une infection très contagieuse qui provoque diarrhée et déshydratation. À l'heure actuelle, les principaux moyens de lutte à la ferme sont la vaccination, les suppléments de zinc et l'ajout d'antimicrobiens à la moulée. Or, ces trois approches ont leurs limites.
Une bonne nouvelle, une moins bonne
Les antimicrobiens soulèvent des inquiétudes en santé publique, puisque de plus en plus d'infections y résistent. Ils représentent aussi une dépense de plus pour les producteurs et pourraient rendre les agents pathogènes plus difficiles à traiter dans l'avenir.
La vaccination a sa place en production, mais elle est moins efficace chez les jeunes porcs, dont le système immunitaire n'est pas encore assez développé pour bien y répondre.
Quant au zinc, ses effets négatifs sur l'environnement sont bien documentés, ce qui a mené certains pays à en interdire l'usage chez le porc. Le Canada pourrait bientôt emboîter le pas. Aux yeux des scientifiques du projet, les probiotiques constituent la meilleure solution de rechange. Des travaux antérieurs ont montré que les porcelets qui ne sont pas exposés tôt aux bonnes bactéries peuvent devenir très vulnérables aux maladies. Quand on ajoute des probiotiques à la ration, comme le Lactobacillus qu'on trouve aussi dans le yogourt, l'afflux de bonnes bactéries dans l'intestin finit par déloger les mauvaises. Le Lactobacillus est un probiotique qui rétablit l'équilibre des bonnes bactéries dans l'intestin, un équilibre que peuvent perturber un traitement aux antibiotiques ou une infection intestinale.
Une exploration en profondeur
Pour mieux comprendre le lien entre les bactéries et la santé du porc, les scientifiques se sont penchés sur la composition du microbiote intestinal, qui compte des milliers de bactéries. Une observation intéressante : le microbiote change à mesure que le porc vieillit. À la naissance, le porcelet n'a aucune bactérie dans l'intestin, mais il commence à en acquérir au contact de la truie pendant la mise bas. Comme les bactéries nécessaires à la digestion des liquides et des solides diffèrent, le microbiote change de nouveau quand le porcelet passe du lait à une alimentation solide après le sevrage.
Les chercheurs ont aussi examiné le lien entre le microbiote intestinal et les performances de croissance. Ils ont constaté que les porcs présentant un certain entérotype affichaient une meilleure croissance et moins de diarrhée. Un entérotype est une classification des organismes vivants fondée sur la composition bactérienne du microbiome intestinal.
Enfin, l'équipe a cherché à établir un lien entre le microbiote et la génétique, en notant que certaines bactéries n'arrivent pas à survivre dans l'intestin du porc en raison d'une variation génétique chez l'animal.
Savoir, c'est pouvoir
Quand il est question de porcs, de santé et de bactéries, plus la recherche en sait, plus elle peut aider les producteurs. Avec le retrait graduel des antimicrobiens, le secteur a besoin d'une solution de rechange pour garder les porcs en forme devant un défi infectieux, et ce sont les probiotiques qui offrent le meilleur potentiel. De nombreuses sociétés pharmaceutiques se sont dites intéressées à en développer. Pour appuyer ces efforts, les chercheurs doivent accumuler le plus de connaissances possible, notamment sur la façon de distinguer les bonnes des mauvaises bactéries dans l'intestin.
Si ces travaux mènent à un nouveau probiotique commercialisable et utilisable par les producteurs, on y gagnerait sur trois tableaux : des porcs en meilleure santé, une industrie porcine plus productive et un moindre recours aux antimicrobiens chez les animaux.
La collaboration a été déterminante pour la réussite des chercheurs. Ils ont obtenu du financement de Swine Innovation Porc (SIP), de Cargill Limited et du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales de l'Ontario.
L'équipe de recherche comptait le Dr Vahab Farzan, le Dr Brandon Lillie, le Dr Khurram Nadeem et Madison Arsenal, étudiante aux cycles supérieurs à l'Université de Guelph, ainsi que le Dr Ehsan Khafipour, de Cargill.
Dans les années à venir, les scientifiques espèrent cibler les bactéries précises associées à de meilleures performances et à une meilleure santé, puis s'en servir pour produire des probiotiques efficaces pour le porc. S'ils parviennent aussi à repérer les marqueurs génétiques de ces caractères, l'information pourrait être transmise aux élevages de sélection pour l'amélioration de leurs troupeaux.
Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Caractérisation du microbiome intestinal de base associé à la santé et aux performances des porcs : vers un diagnostic fécal et une thérapie microbiomique
Responsables du projet : Dr Brandon Lillie (Université de Guelph)