Environnement & durabilité
Comme toute personne perdue en forêt pourra en témoigner, on ne sait pas où aller si l’on ne sait pas où l’on est.
En réponse à l’intérêt manifesté par les producteurs et les transformateurs, des chercheurs ont mené une enquête approfondie afin d’aider le secteur porcin à devenir encore plus écologique et plus productif. Ce faisant, de nombreuses informations ont été recueillies sur la production passée, l’état actuel de l’industrie et les domaines à cibler pour la croissance future.
Pour recueillir ces informations, des producteurs intégrés et indépendants de tout le Canada ont été invités à répondre à un sondage en ligne couvrant tous les aspects, de l’éclairage au stockage du lisier en passant par la composition de l’alimentation. À partir d’une centaine de réponses, ainsi que de données agrégées recueillies auprès de certains producteurs intégrés, les scientifiques ont pu se faire une idée plus précise dans plusieurs domaines :
Progrès en matière de production
Dans l'ensemble, l'enquête a montré que le secteur porcin au Canada gagne en efficacité, ce qui est bénéfique tant pour les producteurs que pour la planète. En suivant les progrès de 1995 à 2020 (les chercheurs se sont appuyés sur les chiffres de Statistique Canada et sur des experts du secteur pour les données historiques), des gains ont été constatés dans presque tous les aspects de la production. Par exemple, des indicateurs tels que le poids vif par truie et le nombre de porcs commercialisés par truie ont augmenté. La taille des portées et le nombre de porcelets sevrés se sont également améliorés, de sorte que les producteurs ont besoin de moins de truies pour atteindre les mêmes niveaux de production.
De plus, l’industrie a réduit l’excrétion de nutriments tels que l’azote et le phosphore, tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’aliments pour animaux et au stockage du lisier de 10 à 35 %.
Le principal facteur à l'origine de ces gains de production a été l'amélioration de la génétique. Les animaux sont désormais capables de prendre plus de poids en moins de temps, ce qui signifie qu'ils ont besoin de moins d'aliments et qu'il y a moins de lisier à stocker.
L'évolution de l'alimentation
L'alimentation est un autre domaine qui a considérablement évolué. Les producteurs et les nutritionnistes utilisent davantage de sous-produits et s'engagent davantage dans le recyclage des ingrédients alimentaires. La composition nutritionnelle de l'alimentation porcine s'est également améliorée au fil du temps, en partie grâce à des additifs tels que les enzymes. Entre autres, ces additifs ont augmenté la disponibilité du phosphore dans l'alimentation, nécessitent moins d'ajustements du pH et permettent ainsi de réaliser des économies.
Améliorer les porcheries
Pour devenir plus écologiques et plus productifs, il faut notamment améliorer la conception des porcheries, ce qui a été fait sur plusieurs fronts. Des pompes et des systèmes de refroidissement plus efficaces font partie de la solution, tout comme un éclairage moderne qui consomme moins d’énergie par heure.
Maintenant que l'équipe a effectué une première analyse des données, elle prévoit d'approfondir ses recherches et d'établir des liens : dans quelle mesure les gains de production peuvent-ils être attribués à l'alimentation par rapport au succès reproductif ? Dans quelle mesure les changements apportés au stockage du lisier ont-ils réduit les émissions de gaz à effet de serre ?
À partir de là, les chercheurs espèrent formuler des recommandations pour poursuivre les progrès dans le secteur porcin, telles que le captage des gaz de lisier, la modernisation des luminaires vers des systèmes LED et à faible consommation, et l'utilisation de pompes à chaleur adaptées aux climats froids au lieu de recourir au propane ou au gaz naturel.
L'amélioration de l'alimentation pourrait notamment passer par une utilisation accrue de matières organiques issues de la transformation alimentaire.
Le secteur porcin pourrait également envisager de réduire davantage les émissions d'oxyde nitreux issues de la production de grandes cultures comme l'orge, le blé et le maïs, car cela pourrait contribuer grandement à réduire l'empreinte environnementale de la production.
De la conception à la réalisation
Une enquête nationale comporte de nombreux aspects, et les scientifiques ont bénéficié d’une aide à chaque étape du processus. Au départ, un groupe consultatif technique composé de représentants de l’industrie et du milieu universitaire a formulé les questions de l’enquête. Les offices provinciaux de la viande de porc de tout le Canada ont aidé à contacter les producteurs, puis un groupe de sondage agricole a mené l’enquête. Lorsque l’équipe a eu besoin de corroborer les résultats avec des données supplémentaires, Meyers Norris Penny a contacté ses clients producteurs indépendants et intégrés pour obtenir plus d’informations.
Le Dr Candido Pomar, chercheur scientifique à Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) au Centre de recherche et de développement de Sherbrooke, a apporté son aide pour les aspects de l’enquête liés à l’empreinte environnementale et à l’alimentation. Enfin, Clarence Froese, directeur de la nutrition chez Genesus Inc., a contribué à la comparaison des régimes alimentaires des porcs de 1995 à 2020.
Une fois toutes les analyses terminées, le secteur disposera de données plus précises sur l'efficacité de la production et l'empreinte environnementale liée aux émissions de gaz à effet de serre. Ces informations permettront de mieux comprendre les impacts environnementaux du secteur porcin et serviront de référence pour de futures études.
Article inspiré du projet « Swine Cluster 3 » : Faire progresser le secteur porcin canadien grâce à la réduction de l'empreinte environnementale
Responsables du projet : Dr Mario Tenuta, Université du Manitoba ; Dr Qiang Zhang, Université du Manitoba