Santé animale, Alimentation et nutrition

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Swine Innovation Porc
Swine Innovation Porc

Qu'ont en commun l'alimentation des porcs et le désamorçage des bombes ? La précision est essentielle. 

Depuis leur explosion il y a quelques années, les prix des aliments pour animaux se sont stabilisés, mais ils restent la principale dépense des producteurs. Réduire ces coûts peut avoir un impact considérable sur vos résultats financiers. C'est précisément ce que font les scientifiques soutenus par le SIP dans le cadre du projet « Réduire les émissions de gaz à effet de serre, les coûts d'alimentation et les besoins en main-d'œuvre grâce à des techniques d'alimentation de précision dans les élevages porcins commerciaux ». 

Grâce à l'alimentation de précision, les chercheurs visent à rendre la production porcine plus durable d'un point de vue économique et environnemental. 

« Lorsque les humains consultent un nutritionniste, celui-ci mesure leur poids, détermine leur niveau d'activité et calcule leur apport calorique et nutritionnel », explique le Dr Aline Remus, chercheuse scientifique à Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) au Centre de recherche et développement de Sherbrooke, au Québec. « À partir de ces informations, il élabore un régime alimentaire adapté à leurs besoins spécifiques. » 

En substance, l'alimentation de précision fait la même chose pour les porcs, en utilisant des modèles mathématiques et des technologies telles que l'alimentation automatisée pour adapter les régimes alimentaires aux besoins individuels. Dans les fermes commerciales, où il est impossible de surveiller de près chaque porc, l'alimentation de précision fournit un système d'alerte précoce en cas de maladie lorsqu'un animal cesse de manger ou réduit sa consommation. 

« J'ai discuté avec un producteur américain qui m'a dit que le moral des travailleurs s'était vraiment amélioré grâce à cette approche. En utilisant des ordinateurs et des tablettes pour coordonner l'alimentation, ils contribuent au bien-être des animaux tout en effectuant un travail plus adapté à leurs compétences et à leurs intérêts. » 

Dans le cadre d'un projet de doctorat mené dans le cadre de l'étude, les chercheurs ont récemment remplacé 40 % du maïs dans les régimes alimentaires de précision par des nutriments à faible densité provenant de fourrages. Il en a résulté une augmentation de 4 % de l'efficacité alimentaire et une réduction de 20 % de l'excrétion d'azote par rapport à l'alimentation en groupe. Lorsque le fléole des prés, une excellente source de fibres, a également été inclus pendant les deux premières phases de croissance, le rapport lipides/graisses de la carcasse a diminué de 22 %.  

« Nous avons démontré que nous pouvons inclure ces fourrages sous forme de granulés dans l'alimentation des porcs et que ce système d'administration est plus efficace en termes d'utilisation des fibres. Étant donné que 30 % des terres au Canada sont des pâturages, il existe un énorme potentiel pour utiliser le fourrage dans l'alimentation des porcs plutôt que des ingrédients plus coûteux comme le maïs ou le soja. » 

Dans le même temps, la transformation du fourrage en granulés nécessite une énergie considérable. Au Québec, où l'électricité est relativement bon marché, cela ne pose peut-être pas de problème, mais les scientifiques devront trouver d'autres solutions pour les provinces où les coûts énergétiques sont élevés. 

« Il n'existe pas de solution unique, et c'est là tout l'intérêt de ce projet. » 

La prochaine étape pour les scientifiques consiste à modéliser ces modifications alimentaires dans le cadre d'évaluations du cycle de vie des porcs afin de déterminer leur impact sur les émissions de gaz à effet de serre. Les résultats préliminaires des échantillonnages suggèrent que l'utilisation de fourrage modifie considérablement la composition du fumier, mais la raison de ce phénomène n'est pas encore claire. 

Dans une autre branche de l'étude, les chercheurs ont testé l'alimentation individuelle de précision, l'alimentation collective de précision et l'alimentation conventionnelle au Prairie Swine Centre, en Saskatchewan.  

« Nous avons constaté que si nous disposons du poids initial d'un animal et d'un bon historique de ses caractéristiques génétiques, et que nous recueillons ses données d'alimentation tous les deux jours, nous pouvons réduire la lysine dans son alimentation de 9 % sans diminuer ses performances. Il reste encore des ajustements à faire dans l'alimentation par phase de groupe, mais les premiers résultats sont très prometteurs. » 

Les scientifiques ont également noté que certains types d'alimentation de précision pouvaient augmenter l'homogénéité (uniformité) du troupeau. Cela profiterait aux producteurs qui n'utilisent pas un système « tout dedans, tout dehors » en réduisant le nombre de porcs à croissance lente dans chaque groupe envoyé à l'usine, ce qui augmenterait les revenus des producteurs. Au cours de la dernière année de l'étude, l'équipe organisera des ateliers de formation pour aider les agriculteurs à utiliser l'alimentation de précision en groupe. 

De plus, les membres de l'équipe de l'Université de Guelph (U of G) font des progrès dans la mise au point d'un système de vision, dans lequel des caméras sont utilisées pour peser les animaux et réduire la nécessité de les manipuler. 

Dans un avenir proche, les scientifiques de la CDPQ commenceront des essais avec 40 distributeurs individuels qui ont été installés afin de tester leur précision dans la distribution de la bonne quantité de nourriture au bon animal. Le premier essai porte sur le calcium et le phosphore, car maximiser la rétention de ces deux minéraux permettra de réduire les coûts et l'impact environnemental.  

« Au final, nous prévoyons des économies de 10 à 12 %, soit 6 à 8 dollars par porc, grâce à l'alimentation individuelle de précision, ainsi qu'une réduction de 16 à 17 % des émissions de gaz à effet de serre. Pour l'alimentation de précision en groupe, les producteurs devraient réaliser environ 6 % d'économies et réduire ces émissions de 8 %. La production porcine durable est une question de chiffres, et ceux-ci sont pour le moins encourageants. » 

A piglet lies in the green grass
  • Article basé sur le projet Swine Cluster 4 : Réduction des émissions de gaz à effet de serre, des coûts d'alimentation et des besoins en main-d'œuvre grâce à l'utilisation de techniques d'alimentation de précision dans les élevages porcins commerciaux

  • Responsables du projet : Aline Remus, Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC)