Environnement et développement durable, Économie

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Swine Innovation Porc
Swine Innovation Porc

Parmi les sujets chauds du monde agricole, le lisier arrive en tête.

Malgré ses avantages, la gestion du lisier est responsable de 30 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) des élevages porcins. Pour faire baisser ce chiffre, la science cherche à optimiser la valorisation du lisier comme fertilisant. Grâce au financement de Swine Innovation Porc (SIP), les chercheurs progressent dans le cadre du projet « Stratégies visant à optimiser l'utilisation du phosphore et de l'azote afin de réduire l'empreinte environnementale et les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la production porcine canadienne ».

Pour le profane, un produit composé d'excréments et d'urine de porc, de restes d'aliments et d'eau n'a rien de très attrayant. Pour les producteurs et les scientifiques, en revanche, le lisier est très prometteur sur le plan des émissions.

« Le lisier est reconnu depuis longtemps comme un excellent engrais, dont la capacité à maintenir les niveaux de production à la ferme n'est plus à démontrer. Malheureusement, les épandages trop abondants dans les régions à forte densité animale lui ont valu une mauvaise presse », explique la Dre Marie-Pierre Létourneau Montminy, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en production durable de protéines animales et professeure adjointe à l'Université Laval.

À partir de quatre régimes alimentaires présentant différents ratios de phosphore (P) et d'azote (N), l'étude produit quatre types de lisier de porc, qui sont ensuite épandus sur des cultures comme fertilisants.

« Un essai a été mené auprès de porcs logés dans douze parcs à environnement contrôlé, à raison de quatre porcs par traitement alimentaire, afin d'évaluer l'interaction entre le N et le P. Pendant quatre semaines, on a évalué les performances de croissance, la consommation d'eau, la composition corporelle, les émissions gazeuses et le volume de lisier, y compris sa concentration en N et en P et son pH. »

Rappelons que le N et le P ont un effet sur l'environnement lorsqu'ils sont épandus en excès, et qu'un pH élevé accroît les pertes d'ammoniac.

À l'issue de ces essais, quatre types de lisier ont été produits et acheminés à l'Université du Manitoba, où des spécialistes des sols en évaluent le potentiel de lessivage et de ruissellement ainsi que les émissions de GES.

À l'Université Laval, le Dr Lotfi Khiari évalue le potentiel fertilisant des échantillons par rapport aux engrais chimiques et détermine quel lisier serait le plus efficace à cet égard.

Des travaux sont aussi en cours avec Agriculture et Agroalimentaire Canada, au Centre de recherche et de développement de Sherbrooke, pour évaluer le potentiel des échantillons de lisier en production de biogaz. Le biogaz est une source d'énergie renouvelable produite à partir de matières premières comme les résidus agricoles et les déjections animales.

« Jusqu'ici, nous avons confirmé qu'il est possible de modifier les ratios N/P sans nuire aux performances de croissance. À l'aide d'un modèle de simulation, nous avons prédit la rétention et l'excrétion du N et du P chez le porc, puis comparé ces prédictions à ce qui s'est produit à la ferme. »

Le résultat est significatif pour les producteurs : la science peut concevoir des rations et prédire avec justesse le ratio N/P du lisier qui en découlera.

Une deuxième phase de l'étude s'amorce en février 2026. Elle portera sur les enzymes qui digèrent les fibres et les protéines dans les rations porcines.

« De façon générale, plus l'animal digère les fibres, moins celles-ci peuvent être émises sous forme de méthane. La protéase [une enzyme nécessaire à la digestion des protéines] présente aussi un intérêt. L'organisme en produit naturellement, mais on peut également en ajouter à la moulée. Si nous arrivons à dégrader davantage les protéines, nous pourrions réduire les émissions. Combinez cela à une meilleure digestion des fibres et le bénéfice environnemental devrait être marqué. »

La science du lisier n'a rien de reluisant, mais elle place l'agriculture verte à l'avant-scène.

« Quand on regarde l'impact environnemental de la production porcine, il tient en bonne partie au lisier et à son utilisation comme fertilisant. C'est pour cette raison que nous en avons fait une priorité dans notre projet. Nous avons déjà élaboré des stratégies pour réduire les émissions par l'alimentation, mais la production végétale entre aussi en jeu, puisque les engrais chimiques influent à la fois sur les aliments et sur le lisier. En produisant des lisiers mieux équilibrés en N et en P, nous pourrions réduire le recours aux engrais chimiques. »

Toujours dans l'optique d'aider la planète, l'étude élabore également des stratégies pour réduire les émissions de méthane pendant l'entreposage du lisier.

Au cours des prochains mois, les travaux se poursuivront sur deux fronts : la modélisation en laboratoire et l'application des stratégies à la ferme, en conditions réelles. Ce second volet comprend l'essai de différentes méthodes de valorisation du lisier en biogaz, afin de dégager l'option la plus efficace.

L'objectif ultime du projet rejoint le fil conducteur des travaux de SIP : trouver des solutions concrètes qui répondent aux enjeux du secteur et améliorent la rentabilité.

« Nous voulons cerner les meilleures stratégies pour les producteurs, mais si elles coûtent trop cher, personne ne les adoptera. Nous avons donc réellement besoin de l'avis et de la participation des producteurs tout au long du processus. »

Au-delà de sa contribution à une planète plus verte, cette étude présente la production porcine comme un secteur efficace, responsable et tourné vers l'avenir. De plus, s'il faut composer avec une taxe sur le carbone, ou si une prime est versée pour les pratiques durables, les résultats pourraient faire économiser les producteurs ou renforcer leur compétitivité en réduisant leur empreinte environnementale. Qui dirait non à ça?

A green field of crops
  • Article tiré du projet de la Grappe porcine 4 : Stratégies visant à optimiser l'utilisation du phosphore et de l'azote afin de réduire l'empreinte environnementale et les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la production porcine canadienne

  • Responsable du projet : Dre Marie-Pierre Létourneau Montminy, Université Laval