Santé animale, Alimentation et nutrition
Comme si les bas prix du porc et la hausse du coût de la moulée ne suffisaient pas, ajoutons une septicémie grave qui frappe presque toutes les fermes au Canada.
La maladie causée par Streptococcus suis est l'un des problèmes de santé les plus importants chez les porcelets en pouponnière. Elle est à la fois répandue et très dommageable : méningite, arthrite, endocardite (une inflammation de la paroi interne du cœur qui met la vie de l'animal en danger) et mort subite. Ajoutez à cela qu'elle est probablement la première cause d'utilisation d'antibiotiques chez ces animaux, et la menace devient très concrète, très vite.
Le stress coûte cher
Comme chez l'humain, le stress peut être dévastateur chez le porcelet sevré. À la séparation d'avec la truie, au changement d'environnement et à la densité animale plus élevée s'ajoute le passage du lait à une alimentation solide. Ces facteurs de stress créent les conditions idéales pour qu'une bactérie comme Streptococcus suis prolifère. La plupart des porcs portent différents types de cette bactérie dans leurs amygdales et leur cavité nasale. Certains développent une maladie grave, ou en meurent, à cause de types précis de l'agent pathogène, tandis que d'autres passent complètement au travers. Les chercheurs se sont penchés sur les causes possibles de ces réactions différentes, évoquant les variations du système immunitaire et la protection transmise par la truie. Or, l'une des pistes les plus prometteuses se trouve peut-être juste devant le groin du porc : la ration.
Nourrir la recherche de solutions
Comme l'alimentation est la plus grosse dépense des producteurs, avec les deux tiers du coût de production, une ration moins chère qui repousserait en plus un agent pathogène mortel serait gagnante sur toute la ligne. Pour contrer le stress du sevrage, la plupart des fermes servent une ration riche, tant par la qualité que par la quantité des ingrédients clés. Comme un souper au resto cinq étoiles, un repas de haute qualité vient avec une facture plus salée. C'est dans cette optique que les scientifiques se sont intéressés aux rations à faible complexité, qui remplacent les sources de protéines animales comme le plasma ou la farine de poisson par des sources végétales comme le soya.
Dans ce projet, les porcs ont été répartis en deux groupes. Le premier recevait une ration coûteuse et très complexe, semblable à ce qui se fait couramment à la ferme aujourd'hui, et le second, une ration peu coûteuse et à faible complexité. Après avoir infecté les deux groupes avec Streptococcus suis, l'étude a donné un résultat surprenant : les porcs nourris à la ration à faible complexité résistaient mieux à la maladie.
L'épreuve du feu
Au départ, les chercheurs ont eu du mal à reproduire ces résultats à la ferme. Plusieurs facteurs peuvent l'expliquer, notamment le mélange des porcs et le fait que les animaux ne consomment pas tous la même quantité d'aliments. Heureusement pour les producteurs, le problème s'est réglé en augmentant la part d'acides aminés fonctionnels dans la ration. Les porcs ont de nouveau été répartis en groupes. Comparativement aux rations très complexes ou pauvres en acides aminés, le groupe recevant une ration à faible complexité et à faible coût, enrichie en acides aminés, a montré une meilleure résistance à la maladie causée par Streptococcus suis. Détail important pour l'utilisateur final : le résultat s'est confirmé autant en laboratoire qu'en bâtiment.
Des retombées bien réelles
Dans un secteur où chaque dollar compte, toute occasion d'économiser est bienvenue, et ce projet en offre plusieurs. Avec la ration à faible complexité, les producteurs peuvent épargner de 2 à 3 $ par porc en frais d'alimentation. Tout aussi important, les animaux prennent le même poids avec l'une ou l'autre des rations à la fin de la période de pouponnière : économiser sur l'alimentation ne cache donc pas de coûts. À cela s'ajoute que des porcs en santé signifient moins d'argent consacré au traitement et à la prévention des maladies, et un moindre recours aux antibiotiques. À une époque où l'antibiorésistance préoccupe de plus en plus sur le plan de la santé humaine, s'y attaquer renforce la confiance des consommateurs envers les produits du porc canadien.
Faire équipe et aller plus loin
Comme bien des projets de recherche qui portent fruit, celui-ci est né d'une collaboration. Mené à l'Université de Guelph, il a été dirigé par le Dr Vahab Farzan (Université de Guelph), le Dr Dan Columbus (Prairie Swine Centre) et le Dr Martin Nyachoti (Université du Manitoba). Les scientifiques souhaitent maintenant approfondir une autre observation du projet. Lors de l'essai à la ferme, ils ont noté que les porcs nourris à la ration à faible complexité présentaient plus de diarrhée que ceux recevant la ration complexe. Cela pourrait tenir à la teneur en fibres plus élevée de la ration simplifiée, ce qui a soulevé un intérêt pour l'étude de la façon dont une ration à faible complexité peut modifier la flore intestinale du porc.
Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Développement de stratégies innovantes pour réduire les coûts d'alimentation en période de post-sevrage
Responsable du projet : Dr Vahab Farzan (université de Guelph)