Alimentation et nutrition, Santé animale
Le déoxynivalénol (DON), mieux connu sous le nom de vomitoxine, est une mycotoxine produite par des champignons du genre Fusarium qui infectent notamment le maïs, le blé et l’orge.
La vomitoxine peut être toxique lorsqu'elle est inhalée, absorbée par la peau ou consommée à de très faibles concentrations, de sorte que même de petites quantités peuvent être nocives pour les humains et les animaux.
Chez les jeunes porcs, des concentrations de vomitoxine supérieures à 1 ppm (parties par million) peuvent entraîner une diminution de la consommation de moulée et un ralentissement de la croissance. Ces effets s'accentuent encore davantage à des concentrations plus élevées, entraînant des pertes importantes pour les producteurs. En réponse, des chercheurs ont cherché des stratégies pour détoxifier la vomitoxine en utilisant des approches chimiques et biologiques novatrices chez les porcelets après le sevrage.
Pour ce projet, le point de départ a été le métabisulfite de sodium (SMBS), un composé inorganique utilisé comme désinfectant, antioxydant et agent de conservation dans certains aliments. Les scientifiques savent déjà que ce composé peut transformer la vomitoxine in vitro et réduire sa toxicité, mais qu'en est-il de l'ajouter directement à la moulée afin qu'il détoxifie le DON dans l'intestin du porcelet?
Une question d'humidité
L'un des défis de cette approche réside dans le fait que le SMBS est très sensible à l'humidité. Lorsqu'il est exposé à l'eau dans l'organisme, il se décompose rapidement et libère un gaz pouvant causer des troubles digestifs. Afin de protéger le SMBS, les chercheurs ont utilisé différentes matières grasses pour mettre au point des technologies permettant d'encapsuler le composé et de produire des microparticules pouvant être mélangées à la moulée destinée aux animaux.
D'après les résultats de leurs essais, les scientifiques auraient peut-être résolu le dilemme du DON. Pour évaluer l'efficacité avec laquelle le SMBS neutralise l'impact de la vomitoxine, ils ont ajouté du SMBS à une moulée contaminée au DON, puis l’ont distribuée à des porcelets sevrés afin d’en mesurer les effets. Alors qu’une moulée contaminée au DON freine normalement la croissance, le SMBS encapsulé a permis d’en contrer les effets négatifs sur les performances des porcelets.
Protéger la santé des porcs et la rentabilité
Pour les producteurs, la contamination par le DON est avant tout un enjeu de gestion de la moulée et de performance animale. Les porcs y sont particulièrement sensibles. Une moulée contaminée peut réduire la consommation, ralentir la croissance et limiter l’utilisation des grains touchés dans les rations.
Lorsque les concentrations de DON sont trop élevées, les ingrédients contaminés peuvent devoir être écartés, dilués avec des grains non contaminés ou utilisés à des taux d’incorporation limités. Cela peut faire augmenter les coûts d’alimentation et réduire la valeur des récoltes touchées.
Une technologie capable d’atténuer les effets du DON pourrait donc aider les producteurs à protéger la santé des porcs, à maintenir leurs performances de croissance et à mieux utiliser les ingrédients disponibles. D’autres essais en conditions commerciales seront nécessaires pour déterminer si l’approche donne des résultats constants et si elle est pratique et rentable à la ferme.
Une approche d'un océan à l'autre
Un projet qui s'attaque à un problème mondial et met au point une nouvelle technologie est une entreprise colossale comportant de nombreux éléments, et cette étude n'a pas fait exception. Réalisée grâce au financement de Swine Innovation Porc (SIP), d'Ontario Pork et d'Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), l'équipe de recherche était composée de membres provenant de tout le pays et regroupait des universités, des organismes gouvernementaux et des centres de recherche.
AAC à Guelph était bien représenté par les chercheurs le Dr Joshua Gong et le Dr Qi Wang, ainsi que par le Dr Dion Lepp, biologiste et directeur du laboratoire de génomique du Centre de recherche et de développement de Guelph.
Le Dr Martin Mondor, chercheur au Centre de recherche et de développement de Saint-Hyacinthe, a participé au projet depuis le Québec.
Dans l'Ouest, la Faculté des sciences agricoles et alimentaires de l'Université du Manitoba a fourni plusieurs collaborateurs : le Dr Chengbo Yang, professeur agrégé au Département des sciences animales, et le Dr Song Liu, professeur au Département de génie des biosystèmes.
Bien que satisfaite des progrès réalisés jusqu'à présent, l'équipe prévoit de solliciter davantage de financement pour poursuivre ses recherches et vérifier si les résultats se confirment en conditions commerciales. Même si elle ne peut pas empêcher le terme « vomitoxine » de paraître inquiétant, elle espère le rendre un peu moins effrayant dans les années à venir.
Article tiré du projet de la grappe porcine 3 : Stratégies de détoxification de la vomitoxine à l'aide d'approches chimiques et biologiques innovantes chez les porcelets en post-sevrage
Responsables du projet : Dr Qi Wang (AAC Guelph), Dr Joshua Gong (AAC Guelph), Dr Chengbo Yang (Université du Manitoba)