Santé animale, Bien-être animal
S'il y a un défi qui met la patience à l'épreuve, c'est bien la gestion des truies. C'est particulièrement vrai depuis l'arrivée du logement en groupe et de sa dynamique bien à elle.
Dans ces systèmes, une bonne régie est essentielle pour réduire le stress des truies, et donc pour améliorer leurs performances de reproduction et le développement des porcelets. Vu les enjeux pour les producteurs, les scientifiques cherchent activement la meilleure approche.
En examinant les avantages et les inconvénients des différents systèmes de gestion en groupe, des chercheurs canadiens se sont penchés sur les groupes dynamiques par rapport aux groupes statiques, et ont comparé le mélange hâtif et le mélange tardif des truies. Dans l'approche dynamique, plusieurs groupes de saillie partagent le même parc. À mesure que de petits groupes de truies en sortent pour la mise bas, de nouveaux groupes de truies récemment saillies viennent les remplacer.
Dans les groupes statiques, chaque parc n'abrite qu'un seul groupe de saillie. Les animaux ne sont mélangés qu'au début de la gestation, et aucune truie ne peut être ajoutée pour en remplacer une qui aurait été retirée. Le choix entre le logement dynamique et le logement statique a des répercussions importantes sur la conception du bâtiment.
Se mêler au groupe
Le mélange dynamique est populaire chez les producteurs, puisqu'il permet de recourir aux nouvelles technologies et d'alimenter les truies individuellement. Les chercheurs craignaient toutefois que les allées et venues des groupes dans le parc génèrent plus de conflits, d'agressivité et de stress. Chez la truie, on distingue l'agressivité au mélange de l'agressivité continue. L'équipe s'attendait à ce que l'agressivité continue pose problème dans les groupes dynamiques. Elle a plutôt constaté que l'agressivité au mélange, qui ne survient qu'une seule fois au début de la gestation, était réduite dans les groupes dynamiques, parce que les nouveaux venus y étaient moins nombreux. En parallèle, l'agressivité continue a causé davantage de lésions dans les groupes dynamiques tout au long de la gestation, sans que cela suffise à nuire à la production. Cela donne à penser que, du point de vue des répercussions sur la reproduction, l'agressivité au mélange pèse plus lourd que l'agressivité continue.
Le mélange tardif, soit après 28 jours de gestation, est aussi nettement préféré au mélange hâtif, mais cette pratique pourrait ne pas tenir la route devant les préoccupations des consommateurs. Alors que le public réclame de plus en plus l'abolition des séjours d'un mois en cage de gestation, les chercheurs regardent de plus près le mélange hâtif comme option viable.
Fait intéressant, l'étude a relevé moins d'agressivité dans les systèmes dynamiques que dans les systèmes statiques, les deux avec mélange hâtif. Dans le premier cas, l'agressivité restait faible à l'ajout de chaque petit groupe, alors que les truies en logement statique vivaient un seul grand mélange, en début de gestation. Les résultats de production ont eux aussi surpris : les truies en système dynamique ont affiché le meilleur taux de mise bas, devant les truies en système statique et même devant un groupe témoin de truies mélangées tardivement. Il n'y a pas de gagnant clair entre le statique et le dynamique. Les deux systèmes sont répandus et le resteront. Comme ils exigent des approches très différentes, le secteur doit mieux saisir ces différences pour ajuster ses stratégies de régie.
Le statut social compte, parce que lorsqu'un système fonctionne mal, ce sont toujours les truies subordonnées qui écopent, et ce sont habituellement les plus jeunes et les plus petites qui se retrouvent dans cette position.
Du côté de la génétique, le secteur porcin doit cesser de tout miser sur le nombre de porcelets et se tourner vers des truies moins agressives, bien conformées et assez robustes pour bien fonctionner en groupe.
Gravir l'échelle sociale
Le statut social au sein du parc s'est révélé un autre facteur important dans les performances de reproduction de la truie. Les chercheurs ont établi le rang de chaque truie dans le groupe, dominante, intermédiaire ou subordonnée, à partir d'un test de compétition alimentaire. Ce rang influençait beaucoup son niveau de stress, qui se répercutait à son tour sur le comportement et la physiologie des porcelets. Le lien exact reste à préciser, mais les scientifiques comptent en apprendre davantage en analysant les données.
Dans le cadre du projet, les chercheurs se sont aussi penchés sur la mortalité des truies, devant la hausse des pertes à la ferme. À l'aide d'une enquête et de visites de suivi couvrant 104 troupeaux, ils ont observé une mortalité plus élevée dans les grands troupeaux, soit 3 000 truies et plus, que dans les petits, et en gestation en groupe plutôt qu'en cage. Ils se sont montrés particulièrement préoccupés par le fait que la majorité des pertes en gestation en groupe touchaient de jeunes truies. Au-delà des questions de bien-être animal, la réforme hâtive est un coup dur pour l'entreprise. La plupart des producteurs vous le diront : une truie qui ne dépasse pas trois parités ne rembourse même pas son coût de remplacement.
Trouver les bons gènes
Ces constats sur la mortalité sont déterminants pour l'avenir du secteur. La hausse des boiteries devrait amener à porter plus d'attention à tous les aspects du développement des cochettes, et les entreprises de génétique pourraient donner priorité à la conformation, soit des membres et des onglons fonctionnels, ainsi qu'à un tempérament plus calme et moins porté à l'agressivité. Des caractères de robustesse accrus seraient aussi utiles : ils rendraient les truies plus résistantes en système de groupe, où elles circulent sur des planchers de béton et côtoient leurs congénères.
S'attaquer à la mortalité exigera un effort conjugué des chercheurs et des producteurs. Il est essentiel que la formation du personnel et le respect des consignes soient plus uniformes à la ferme, et que tout le monde emploie les mêmes définitions, d'une ferme à l'autre comme à l'intérieur d'une même entreprise. Qu'est-ce qu'une truie « réformée », « euthanasiée » ou « morte à la ferme »? De son côté, l'équipe du projet compte formuler sous peu des recommandations sur ce que le personnel devrait consigner.
La Dre Yolande Seddon, professeure adjointe au Département des sciences cliniques des grands animaux du Western College of Veterinary Medicine, a contribué à cette étude. Le Dr Nicolas Devillers, chercheur en comportement et bien-être des porcs à Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), a pour sa part conseillé l'équipe sur le mélange dynamique. À noter également, le Dr Brian Sullivan, chef de la direction du Centre canadien pour l'amélioration des porcs (CCAP), a travaillé étroitement avec le groupe sur la mortalité des truies.
Dans le secteur porcin, la seule constante est le changement, et le passage au logement des truies en groupe en est un bon exemple. Plus les producteurs en apprendront aujourd'hui sur la régie de la gestation en groupe et sur la réduction de la mortalité des truies, mieux ils seront outillés pour l'avenir.
Article tiré du projet de la Grappe Porcine 3 : Optimisation de la productivité et de la gestion des truies : impact des pratiques de regroupement sur les performances reproductives des truies et le développement des porcelets, et identification des facteurs de risque de mortalité chez les truies
Responsables du projet : Dre Jennifer Brown (Prairie Swine Centre)