Alimentation & nutrition
Compte tenu du prix élevé des aliments pour porcs à l'heure actuelle, tout ce qui permet de réduire les coûts est facile à avaler.
La science est constamment à la recherche de nouveaux moyens d'y parvenir, et une étude récente a révélé que les légumineuses, en particulier la féverole, pouvaient contribuer à réduire les dépenses.
La force des fèves
Afin de diversifier l'apport en énergie et en protéines dans l'alimentation des porcs, des chercheurs de l'Université de l'Alberta ont cherché à augmenter la part des légumineuses cultivées localement dans les aliments pour animaux. Outre la réduction du coût des aliments, la culture des légumineuses présente un certain nombre d'avantages en termes d'agronomie et de développement durable. En plus de fixer l'azote atmosphérique (N) en symbiose avec les bactéries des racines, les légumineuses contribuent à la diversification des populations microbiennes du sol et à l'absorption des nutriments. Comme si cela ne suffisait pas, elles brisent également les cycles de ravageurs et de maladies dans la rotation annuelle des cultures avec les céréales et les oléagineux.
Cette étude a examiné le potentiel des féveroles, qui offrent un rendement supérieur à celui des pois fourragers, moins d'intrants que les autres cultures et une empreinte carbone inférieure à celle des protéines d'origine animale.
Cependant, l'inclusion des féveroles dans l'alimentation des porcs a été limitée par leur teneur en facteurs antinutritionnels tels que les tanins, la vicine et la covicine. Les facteurs antinutritionnels sont des composants des aliments qui peuvent réduire l'utilisation des nutriments ou la consommation d'aliments. En réponse, les chercheurs ont trouvé des solutions grâce à cette étude en identifiant des cultivars de féveroles plus appropriés pour les producteurs.
Féveroles prend son envol
Lorsque les féveroles ont été introduites pour la première fois dans l'ouest du Canada il y a une vingtaine d'années, leur forte teneur en tanins a été une arme à double tranchant. Les tanins aidaient à protéger la culture contre les dommages causés par le gel précoce à l'automne, mais ils donnaient aux fèves un goût amer, ce qui les rendait peu intéressantes pour l'alimentation des porcs. Afin d'améliorer leur potentiel alimentaire, un nouveau cultivar à fleurs blanches appelé Snowbird a été introduit. Si sa faible teneur en tanins a permis d'améliorer le potentiel alimentaire, cela s'est fait au détriment d'une protection réduite contre les gelées précoces.
En un mot (ou une cosse de haricot), le dilemme était le suivant : Comment la science peut-elle obtenir le meilleur des deux mondes pour les producteurs, en rendant les haricots efficaces en tant que culture et source d'alimentation ? Pour trouver une solution, les chercheurs ont réduit la teneur en tanins afin de conserver la protection contre le gel tout en améliorant la digestibilité des haricots. Bien que les producteurs bénéficient également d'une faible teneur en tanins avec Snowbird, ils perdent la protection contre le gel dans le processus. Au cours de cette étude, les chercheurs de l'Université de l'Alberta ont découvert que les cultivars de féverole à teneur modérée en tanin pouvaient encore être inclus dans l'alimentation des porcs, à condition que le cultivar soit également pauvre en vicine et en covicine - les facteurs antinutritionnels. Il s'agit d'une avancée notable pour les producteurs, car cela signifie qu'ils peuvent réduire leur risque de dommages dus au gel tout en cultivant la féverole pour l'alimentation humaine et animale sans effets néfastes.
Ça raporte d'être sélectif
Pour maximiser les avantages de l'ajout de féveroles dans une rotation, il est important de bien se renseigner avant de choisir la meilleure variété pour votre exploitation. Parmi les cultivars de féverole à teneur modérée en tanins, les chercheurs ont trouvé que Fabelle était le meilleur choix pour la consommation d'aliments et le gain de poids. D'un cultivar à l'autre, les variations de la teneur en fibres alimentaires et en amidon contribuent aux différences de matière sèche, de digestibilité de l'énergie et de performance de croissance des porcs, ce qui peut avoir un impact sur le résultat final. D'autre part, s'il est évidemment primordial de s'assurer qu'un cultivar est bénéfique pour les porcs, il faut également tenir compte des effets sur le rendement d'une protection réduite contre le gel.
Après avoir établi la viabilité de la féverole pour réduire le coût de l'alimentation, les scientifiques de cette étude estiment qu'il est essentiel de faire passer ce message à l'utilisateur final. Pour que les résultats soient adoptés, les éleveurs de porcs doivent être convaincus que les légumineuses comme la féverole sont rentables. En remplaçant le coûteux tourteau de soja par la féverole, moins onéreuse, comme source de protéines, tout en maintenant les performances de croissance, les producteurs peuvent réduire le coût de l'alimentation par unité de croissance.
Digérer les résultats
Bien que les chercheurs aient constaté que les facteurs antinutritionnels présents dans les féveroles peuvent légèrement réduire la capacité des porcs à digérer les nutriments, cela ne devrait pas entraver la croissance si les producteurs tiennent compte de ce fait lors de la formulation des régimes. Pour l'alimentation des porcs, les teneurs moyennes en tanins de la féverole sont acceptables, à condition que les teneurs en vicine et en covicine soient limitées.
Cette étude a été menée par le Dr Eduardo Beltranena, chercheur spécialisé en porc à l'Université de l'Alberta. Dans la ferme et au laboratoire, l'étudiant diplômé Protus Nyende a fait le travail de base, s'assurant que tous les essais étaient menés à bien avec précision. Le projet a bénéficié d'un financement de Swine Innovation Porc et d'Alberta Pork, qui a été fourni au Dr Ruurd Zijlstra.
L'équipe prévoit ensuite d'approfondir la caractérisation des cultivars de féverole et d'obtenir une meilleure image de ce qui se passe avec cet ingrédient dans l'ouest du Canada. Où que cela les mène, ils savent que le travail qu'ils ont accompli jusqu'à présent devrait permettre de réduire les coûts des producteurs.
Voilà de quoi alimenter la reflection.
Article basé sur un projet de la Grappe Porcine 3 : Réduction du coût de l'alimentation et de l'empreinte environnementale et amélioration de la compétitivité mondiale de la production porcine canadienne
Responsable du projet : Dr Ruurd Zijlstra (Université de l'Alberta)