Alimentation et nutrition
Dans un secteur où les choses ne sont pas toujours simples, il y a au moins une certitude : les porcelets ont besoin de lait, et une production laitière suffisante est essentielle à leur développement.
Chez les truies hyperprolifiques, la production laitière peut devenir un facteur limitant pour la croissance des porcelets. Ces truies peuvent mettre bas plus de porcelets qu’elles n’ont de trayons fonctionnels. Chaque porcelet a alors accès à moins de lait, ce qui peut réduire son poids au sevrage.
Lorsque la production laitière est suffisante, les porcelets peuvent être plus lourds et plus vigoureux au sevrage et mieux préparés à faire face aux maladies. Ils peuvent également atteindre leur poids de marché plus rapidement. Pour soutenir leur croissance et les préparer au sevrage, les éleveurs peuvent leur offrir une alimentation complémentaire pendant qu’ils tètent encore la truie. Cette pratique peut être efficace, mais elle entraîne des coûts supplémentaires.
Du lait, s'il vous plaît?
La Dre Chantal Farmer, chercheuse scientifique au Centre de recherche et de développement de Sherbrooke d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, a relevé le défi. Elle a évalué plusieurs stratégies visant à favoriser le développement mammaire et à accroître la production laitière future des truies.
Miser sur les fibres
Comme les cochettes poussent plus vite qu'avant, elles éprouvent souvent des problèmes d'aplombs, ce qui amène certains producteurs à ralentir cette croissance en en limitant leur consommation de moulée. Cette approche peut toutefois nuire au développement mammaire. Des travaux antérieurs de la Dre Farmer avaient montré qu’une restriction alimentaire de 20 % entre l’âge de 90 jours et la puberté réduisait le développement des tissus mammaires.
Elles ont constaté qu'une même réduction de 20 % de la consommation, ou encore une alimentation à volonté contenant 25 % plus de fibres, pouvait produire un effet comparable. Les deux approches ont ralenti la croissance des cochettes sans compromettre leurs performances de lactation ultérieures.
Besoin de lysine? Pensez au soya
Le développement mammaire s’accélère pendant le dernier tiers de la gestation. Les apports recommandés en lysine, un acide aminé essentiel fourni par la ration, pourraient toutefois être insuffisants pendant cette période.
En augmentant la part de tourteau de soya dans la ration, les chercheuses ont réussi à hausser de 40 % les apports en lysine, ce qui a du même coup accru de 40 % la quantité de tissu synthétisant le lait dans la glande mammaire. Comme les producteurs, les scientifiques ne restent pas les bras croisés : elles comptent aller plus loin en vérifiant l'effet de la lysine chez les truies multipares.
La prolactine, pro-lait
La prolactine est une hormone qui joue un rôle central dans la production de lait chez les mammifères. Des études antérieures ont évalué l’administration de prolactine afin d’augmenter ses concentrations chez la truie et de stimuler la production laitière. Dans le cadre de cette étude, les chercheuses ont évalué le potentiel d'un médicament appelé dompéridone. La dompéridone est un médicament qui augmente les concentrations de prolactine produite par l’organisme, et il est même utilisé chez les femmes qui n'arrivent pas à produire assez de lait maternel après l'accouchement. Sur ordonnance vétérinaire, la dompéridone peut être ajoutée à la moulée des truies pour stimuler la prolactine, ce qui évite les injections d'hormones.
Quand l'équipe a mis le médicament à l'essai, elle a d'ailleurs observé une hausse moyenne de 5,6 % du poids corporel des porcelets au jour 22 jour.
Comme bien des choses dans la vie, le moment choisi fait toute la différence. Avant la puberté, la physiologie de la cochette ne lui permet pas de tirer profit du médicament; pour obtenir les meilleurs résultats, il faut l'intégrer à la ration pendant la lactation.
Tous les volets de l'étude sont prometteurs, mais le relèvement des niveaux de lysine recommandés dans la ration de gestation est peut-être le plus déterminant. Les besoins nutritionnels des cochettes de renouvellement diffèrent de ceux des porcs à l’engraissement, notamment parce que leur alimentation doit soutenir leur développement mammaire et leurs futures performances de reproduction.
L'appétit vient en mangeant
Au bout du compte, cette étude est le fruit d'une collaboration. La Dre Farmer y a apporté son expertise en biologie de la lactation porcine, et la Dre Huber, ses connaissances approfondies en nutrition porcine. Les travaux se sont déroulés à l'Université de Guelph et à l'Université de Sherbrooke, offrant du même coup des occasions à de nouveaux étudiants aux cycles supérieurs de ces établissements.
Ces résultats ont également soulevé une question importante : l’amélioration du développement mammaire était-elle attribuable à la lysine elle-même, à l’augmentation globale des protéines ou à d’autres composants du tourteau de soya?
En précisant les besoins nutritionnels des cochettes et les facteurs qui influencent la production laitière des truies, ces travaux pourraient aider les éleveurs à améliorer la croissance des porcelets avant le sevrage.
Article tiré du projet de la Grappe porcine 3 : Nouvelles stratégies d'alimentation et de gestion des cochettes de renouvellement visant à optimiser la production future de lait
Responsable du projet : Dre Chantal Farmer (AAFC – Sherbrooke)