Santé animale, Alimentation et nutrition
Les porcs et les humains partagent une préoccupation commune : l'utilisation croissante des antibiotiques.
Peu importe comment on présente la situation, il y a un problème, car la résistance croissante à ces médicaments rend la lutte contre les maladies plus difficile. Pour les éleveurs, trouver d'autres moyens de lutter contre les agents pathogènes est essentiel pour protéger la santé de leur troupeau et maintenir la viabilité de leur entreprise. Pour les chercheurs, appuyer cette lutte impliquait de mettre au point une nouvelle approche alimentaire pour les porcelets nouveau-nés et sevrés, en s'attaquant à un problème courant chez ces animaux : la diarrhée causée par Salmonella.
Le sevrage est une période critique dans la vie des porcelets. Leur système immunitaire est encore en développement, et le changement d’alimentation ainsi que les autres stress associés au sevrage peuvent les rendre plus vulnérables aux maladies. À cela s'ajoute le changement de régime alimentaire, le passage du lait de la truie à une ration solide. Ce changement est radical et souvent perturbant pour les porcelets, car leur système digestif doit s’adapter rapidement à cette transition. À ce stade, les animaux sont particulièrement sensibles à la diarrhée, et Salmonella en est l'une des causes. Les porcs touchés souffrent souvent de déshydratation et d'anorexie, et certains porcs peuvent continuer à héberger et à excréter la bactérie pendant plusieurs mois après leur rétablissement, ce qui présente un risque pour les autres animaux et peut avoir des répercussions sur la salubrité des aliments.
Une solution solide
Pour aider les animaux à se préparer au passage des liquides aux aliments solides, les éleveurs offrent souvent une alimentation complémentaire aux porcelets pendant qu’ils sont encore sous la mère. Les scientifiques y ont vu l'occasion idéale d'ajouter des additifs alimentaires à cette ration afin de prévenir ou d'atténuer la diarrhée causée par Salmonella. Ce faisant, ils souhaitaient également cerner les effets de Salmonella et explorer l'utilisation de biomarqueurs comme moyen moins invasif d'étudier les animaux. Les biomarqueurs sont des caractéristiques biologiques mesurables qui peuvent fournir de l’information sur la santé d’un animal, la présence d’une infection ou sa réponse à un traitement. Ils peuvent notamment aider les chercheurs à suivre l’évolution d’une maladie en utilisant des méthodes moins invasives.
L'une des pistes explorées par ce projet concerne une bactérie appelée Veillonella. Les scientifiques ont observé que lorsque l'intestin du porc était infecté par Salmonella, les niveaux de Veillonella diminuaient, et qu'ils augmentaient en l'absence d'infection. Cela pourrait donner lieu à de futures recherches sur la valeur potentielle de cette bactérie comme probiotique à ajouter à la moulée, afin de rendre les porcs moins sensibles à Salmonella.
Réaction en chaîne
L'étude a également révélé qu'en ajoutant à la ration un acide gras à chaîne moyenne (un acide gras saturé ou insaturé présent en forte concentration dans des aliments comme l'huile de noix de coco) et de l'extrait de levure, il était possible de prévenir la diarrhée chez certains porcs et d'en réduire la gravité chez d'autres. Les résultats ont aussi confirmé que la supplémentation en certains acides aminés pouvait réduire la gravité de la diarrhée. Il s'agit donc d'une autre piste prometteuse à explorer.
Les biomarqueurs pourraient également offrir de nouvelles possibilités pour étudier les infections et la réponse des porcs dans des conditions d’élevage. Au lieu de chercher des solutions en travaillant sur un modèle en laboratoire, les chercheurs pourraient mener davantage de travaux directement en élevage et observer les animaux dans leurs conditions habituelles de production. Ils observeraient ainsi les animaux dans leur milieu naturel et noteraient l'action de l'agent pathogène et la manière dont il affecte l'hôte. Cette approche pourrait produire des résultats plus directement applicables à la ferme.
Mettre la main à la pâte
Pour que le projet et ses résultats voient le jour, la collaboration a été essentielle. L'Université Laval a réalisé les analyses sanguines et Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a mené l'analyse du système immunitaire. Les porcs sont nés à AAC Sherbrooke, où ils ont été nourris pendant la période d'allaitement avant d’être transférés à l’Université de Montréal pour l’essai d’infection expérimentale. De plus, une entreprise privée a apporté son expertise à la découverte des biomarqueurs.
Les chercheurs principaux, tous établis au Québec, étaient le Dr Dominic Poulin-Laparde, d'AAC Sherbrooke, le Dr Frédéric Guay, de l'Université Laval, et le Dr Alexandre Thibodeau, de l'Université de Montréal.
Au terme du projet, les chercheurs recommandaient d’approfondir les travaux sur Veillonella et d’évaluer son potentiel comme probiotique. Ils proposaient également de répéter l’expérience à plus grande échelle et de tester les acides gras à chaîne moyenne et l’extrait de levure dans des conditions commerciales.
Ces résultats ouvrent ainsi de nouvelles pistes pour protéger la santé des porcelets au sevrage tout en réduisant le recours aux antibiotiques.
Article tiré de la Grappe porcine 3 : Vers une nouvelle approche d'alimentation des porcelets nouveau-nés et sevrés
Responsables du projet : Dr Frédéric Guay (Université Laval) ; Dr Martin Lessard (AAC Sherbrooke)
Chercheur principal : Dr Alexandre Thibodeau (Université de Montréal)