Santé animale, Alimentation & nutrition
Les porcs et les humains partagent une préoccupation commune : l'utilisation croissante des antibiotiques.
Peu importe comment on présente la situation, il y a un problème, car la résistance croissante à ces médicaments rend la lutte contre les maladies plus difficile. Pour les éleveurs, trouver d’autres moyens de lutter contre les agents pathogènes est essentiel pour préserver leur activité, protéger leur cheptel et promouvoir le bien-être animal. Pour les chercheurs, soutenir cette lutte impliquait de mettre au point une nouvelle approche alimentaire pour les porcelets nouveau-nés et sevrés en s’attaquant à un problème courant chez ces animaux : la diarrhée causée par la salmonelle.
Le sevrage est une période critique dans la vie d’un porc. Elle est marquée par de nombreux facteurs de stress, d’autant plus que l’absence d’un système immunitaire pleinement développé expose les porcelets à des risques. À cela s’ajoute le changement de régime alimentaire, le passage du lait maternel à une alimentation solide. Ce changement est radical et souvent perturbant pour les porcelets, car leurs intestins ne sont pas préparés à ce bouleversement. À ce stade, les animaux sont particulièrement sensibles à la diarrhée, et la salmonelle en est l’une des causes. Les porcs touchés souffrent souvent de déshydratation et d’anorexie, et certains d’entre eux restent porteurs et sources d’infection jusqu’à cinq mois après leur guérison. Cela représente non seulement un risque pour la santé des autres porcs, mais aussi pour la santé publique, car la salmonelle peut également infecter les humains.
Une solution solide
Pour aider les animaux à se préparer au passage des liquides aux aliments solides, les éleveurs introduisent souvent des aliments solides dans le régime alimentaire des porcelets alors qu’ils sont encore avec la truie. Les scientifiques y ont vu l’occasion idéale d’ajouter des additifs alimentaires à ce régime afin de prévenir ou d’atténuer la diarrhée causée par la salmonelle. Ce faisant, ils souhaitaient également identifier les effets de la salmonelle et explorer l’utilisation de biomarqueurs comme moyen moins invasif d’étudier les animaux. Les biomarqueurs sont des modifications de molécules ou de cellules qui facilitent le diagnostic et le traitement des maladies, et aident à suivre leur progression. L’utilisation de ces marqueurs peut permettre aux chercheurs de préserver les animaux après une étude et de réaliser des économies.
L'une des pistes explorées par ce projet concerne une bactérie appelée Veillonella. Les scientifiques ont observé que lorsque l'intestin du porc était infecté par la salmonelle, les niveaux de Veillonella diminuaient, et qu'ils augmentaient en l'absence d'infection. Cela pourrait donner lieu à de futures recherches sur la valeur potentielle de cette bactérie en tant que probiotique à ajouter à l'alimentation, afin de rendre les porcs moins sensibles à la salmonelle.
Réaction en chaîne
L'étude a également révélé qu'en ajoutant un acide gras à chaîne moyenne (un acide gras saturé ou insaturé présent en forte concentration dans des aliments tels que l'huile de coco) et de l'extrait de levure à l'alimentation, il était possible de prévenir la diarrhée chez certains porcs et d'en réduire la gravité chez d'autres. Des recherches antérieures ont montré que la supplémentation en acides aminés peut réduire la gravité de la diarrhée chez les porcs, ce qui a été confirmé par la présente étude ; il s'agit donc d'une autre piste prometteuse à explorer.
Les chercheurs sont également intrigués par le potentiel des biomarqueurs. Si tout se passe comme prévu, les biomarqueurs pourraient ouvrir la voie à un tout nouveau domaine d'étude. Au lieu d'essayer de trouver des solutions en travaillant sur un modèle en laboratoire, les scientifiques pourraient se rendre directement dans la porcherie. Ce faisant, ils observeraient les animaux dans leur environnement naturel et noteraient l'action de l'agent pathogène et la manière dont il affecte l'hôte. Ce changement de méthodologie devrait produire des résultats plus pertinents à l'avenir.
Mettre la main à la pâte
Pour que le projet et ses résultats voient le jour, la collaboration a été essentielle. L’Université Laval a réalisé les analyses sanguines et Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a mené l’analyse du système immunitaire. Les porcs sont nés à AAC Sherbrooke, où ils ont été nourris pendant la période d’allaitement avant d’être transférés à l’Université de Montréal pour y être infectés. De plus, une entreprise privée a apporté son expertise à la découverte des biomarqueurs.
Les chercheurs principaux – tous basés au Québec – comprenaient le Dr Dominic Laprade-Poulin d’AAC Sherbrooke, le Dr Frédéric Guay de l’Université Laval et le Dr Alexandre Thibodeau de l’Université de Montréal.
Dans un deuxième temps, les chercheurs espèrent explorer d’autres options d’additifs alimentaires favorisant la santé des porcs. Ces travaux comprendront un examen plus approfondi de Veillonella et du rôle qu’elle pourrait jouer en tant que probiotique pour aider les porcs et les producteurs. L’équipe vise également à refaire l’expérience de ce projet à plus grande échelle afin de générer davantage de données à analyser.
Enfin, les scientifiques souhaitent tester les acides gras à chaîne moyenne et l’extrait de levure dans des exploitations agricoles afin d’évaluer leurs performances dans des conditions « réelles ».
Les porcelets n'ont peut-être pas le sens de la mode, mais si cette étude peut contribuer à atténuer le stress lié au sevrage, elle pourrait bien être la solution idéale.
Article issu du projet Swine Cluster 3 : Vers une nouvelle approche d'alimentation des porcelets nouveau-nés et sevrés
Responsables du projet : Dr Frédéric Guay (Université Laval) ; Dr Martin Lessard (AAC Sherbrooke)
Chercheur principal : Dr Alexandre Thibodeau (Université de Montréal)